780057-le-3e-volume-de-wizzzVoici une compilation pas comme les autres, et qui a le mérite de nous montrer que la France avait autre chose à proposer dans les années ’60s que Johnny, Sylvie, Eddy ou Sheila. On caricature bien sûr, mais il est vrai que Wizzz! présente 40 minutes de curiosités pop françaises totalement inconnues et qui pour certaines n’ont même pas été pressées. Tout cela est intriguant (et excitant) et on le doit au label Born Bad Records qui nous avait déjà gratifié de pépites plutôt rares comme la BO du Mariage Collectif, une compilation des morceaux de la chanteuse Clotilde ou de brûlots contestataires des années ’70s. Les 17 tracks s’écoutent d’une traite, de façon boulimique et avec (parfois) le sourire aux lèvres. Les morceaux sont généreux, barrés, inventifs, inattendus, bref inclassables. On vous joint plus bas une description de quelques artistes présents dans la compilation que l’on a trouvé sur le site du label. Jetez une oreille à ces yéyés psychédéliques, hippies et underground, vous ne le regretterez pas!

Bernard-chabert-helga-EP008-1024x1011BERNARD CHABERT – Helga Selzer (1970) / Sur une plage bordée de cocotiers (1969)

« Those who don’t believe in Chabert, are the same who in seventeen hundred and some peanuts, didn’t believe in WOLGANG A. MOZART » peut-on lire au dos de la pochette de son premier 45T. Même si la reconnaissance du public tarde encore un peu à venir, on ne saurait lui donner tort tant ses quatre 45t sortis confidentiellement sont étonnants.

Son père fut pilote à l’Aéropostale et sa mère, Rose-Marie Capelli, était écrivain, issue d’une famille de littérateurs italiens. La famille réside à Madagascar où Bernard Chabbert apprend à piloter des avions dès l’âge de 15 ans. Il se destine à devenir pilote de ligne mais c’est sans compter sur ses problèmes de vue qui mettront un terme définitif à ses ambitions.

A défaut d’être pilote de ligne, Bernard sera journaliste. C’est à l’occasion d’un stage de formation à l’école de radio l’OCORA (Office de coopération radiophonique) de Maison Laffite qu’il rencontre son professeur Patrice Blanc Francart. Cette rencontre sera déterminante car si dans son coin, Bernard écoute déjà du rock and roll, et bricole au piano quelques morceaux, il est loin de se douter qu’il va bientôt avoir l’opportunité de sortir des disques.

En effet, Blanc Francart vient d’être embauché chez Pathé Marconi comme Directeur Artistique en charge du catalogue « rock ». Il appelle Bernard pour le convaincre de faire un disque avec lui. Rebaptisé pour l’occasion Chabert avec un seul « b », ils éditent ainsi le premier EP « Sur une plage bordée de cocotiers » (1968) dont la vulgarité tourne rapidement au suicide commercial dans la France bien pensante de l’époque. Un morceau polémiste contre l’avènement de la culture du soleil, du farniente et du bronzage, orchestré notamment par l’explosion du Club Med. Lui qui a grandi sur les plages de Madagascar et s’y est ennuyé toute sa jeunesse, il a bien l’intention que cela se sache !

Lui qui a grandi sur les plages de Madagascar et s’y est ennuyé toute sa jeunesse, il a bien l’intention que cela se sache !

Vont suivre deux autres disques, plutôt réussis eux aussi (le EP Tramway 7B, et le single « Easy Lazie Lizzy ») mais sans davantage de succès.

Au sein de Pathé, Bernard découvre une nouvelle famille. Outre Hubert Rostaing qui réalisera tous ses 45T, Bernard se sent proche d’Isabelle de Funès (La nièce de Louis qui a fait quelques disques excellent de bossa), et Michel Berger alors en pleine période « Puzzle ».

Il écrit tous ses textes ce qui est assez rare pour l’époque. Pour son quatrième et dernier 45 tours, il enregistre alors le détonnant « Helga Selzer ». Le morceau lui est inspiré par Maya, un mannequin vedette à la dérive de chez Chanel qu’il fréquente. Le morceau est enregistré en deux jours. Bernard fait les parties de guitares, et pour les prises de voies, il chante dans un téléphone donnant ainsi au morceau ce rendu final si particulier. Pour la Face B, Hubert Rostaing convie les Variations pour l’accompagner dans une reprise peu inspirée du « Neantherdal man » des Hotlegs…

Comme beaucoup d’artistes de l’époque, Bernard n’aura pas fait de concerts, les opportunités d’avoir un backing band et des engagements étant rares pour les artistes débutants. Il fera quelques passages TV pourtant. Il interprète par exemple “Tramway 7B” à la télévision, le 5 septembre 1969, dans Tous en scène, émission présentée par les Charlots, et participera à diverses émissions avec Jean-Christophe Averty.

Mais la frustration gagne Bernard, lassé par le jeu de la promo, déçu de ne pouvoir faire de concerts. Il cherche une reconversion et veut renouer avec sa carrière de journaliste avortée.

Il commence ainsi une nouvelle carrière chez Europe 1 où il est brièvement chargé de la circulation routière et des grands week-ends de départ en vacances.

Bernard-chabert-une-plag011-1024x1020En 1970 il devient enfin reporter. En pleine période de la conquête spatiale, le premier « sujet » qui lui est confié par Jean Gorini, directeur de l’information, est la couverture de la fin du programme Apollo à Houston (Apollo 14, 15, 16 et 17), puis Skylab 1, 2 et 3 et ensuite le programme STS (navette spatiale) ainsi que les débuts en URSS des missions astronautiques à participation française. A l’occasion de ses nombreux voyages à Houston où se trouve le centre de formation des astronautes américains, il va découvrir la nuit dans les clubs de la ville une multitude de groupes qui feront sur lui une forte impression. Il y verra ainsi à plusieurs reprises les furieux Moving Sidewalk, formation garage punk culte qui deviendra quelques années plus tard ZZ Top.

En parallèle, dans les années 1970, il devient rédacteur pour de grands journaux aéronautiques comme Aviasport, en France, et correspondant pour le magazine anglais Pilot. En 1972, il adhère à ce qui deviendra l’amicale Jean-Baptiste Salis à La Ferté Alais dont il commente toujours le meeting annuel de la Pentecôte chaque année depuis 1974. En 1991, il lance grâce à Jean Marie Dupont, directeur de France 3 Aquitaine, une émission sur France 3 : Pégase. Il en est le producteur et présentateur, la réalisation étant confiée à Bernard Besnier. Cette émission basée à Bordeaux était l’équivalent du célèbre Thalassa sur la même chaîne, mais appliquée au monde de l’aéronautique. En 2003, il relance Pégase, avec Philippe Guillon, mais cette fois-ci sur Internet.

Evariste-pommes-002-1024x1022EVARISTE – Les pommes de Lune (1967)

Si le jeune Joël, alias Évariste, arbore un pull aux couleurs de l’université de Princeton, c’est parce qu’il en revient tout juste. Envoyé là-bas pour poursuivre ses recherches sur « la masse des particules, l’interprétation des régularités qu’on y observe comme les conséquences d’une onde » (comprendra qui peut), il arrive aux États-Unis en pleine guerre du Viêt-Nam. À l’époque, Mac Namara cherche une alternative à l’arme nucléaire et sollicite les brillants cerveaux du pays pour s’atteler à la tâche. S’opère alors une « réorientation de crédits » au sein de l’université, formule diplomatique signifiant que ceux qui ne veulent pas marcher dans les combines du gouvernement sont priés de disposer. Joël est sous la tutelle d’un physicien rebelle et se voit donc remercié. L’étudiant reste quand même inscrit aux prestigieux séminaires de l’Institute For Advanced Study, tenus par Oppenheimer, le créateur de la bombe atomique.

Sans doute galvanisé par le mouvement et la musique hippie, Joël s’achète une guitare et se plante dans Washington Square, se disant qu’après tout, Bob Dylan lui-même a débuté là-bas. Il sèche allègrement Oppenheimer et reçoit un accueil chaleureux (quoi qu’étonné) de la part d’une foule qui ne pipe pas un mot de Français. Un jour que le vieux physicien vient l’interroger sur ses absences répétées, il explique à son professeur à quel point la musique l’attire, mais surtout qu’il y voit un moyen de se faire un peu d’argent pour financer ses recherches de manière autonome. Évariste confie avoir vu cet homme malade, au visage ravagé par le remord d’Hiroshima, s’éclairer à ses propos et s’écrier « Oh ! Mais allez-y enfin, foncez ! Si j’étais jeune, c’est absolument ce que je ferais. » L’étudiant reçoit ces mots comme un testament. Des mots qui achèvent de le convaincre qu’il doit sauter le pas. Il plie bagages, direction Paris.

Un ami journaliste qu’Évariste croise souvent dans le quartier de la Sorbonne l’introduit auprès du Directeur Artistique des Disques AZ. Ce dernier passe les bandes au patron du label, Lucien Morisse, qui est aussi directeur des programmes sur Europe N°1. Morisse crie au génie… et signe le chanteur illico ! Nous sommes en 1966 et le phénomène Antoine (qui, lui, a signé chez Vogue) sévit dans tout l’Hexagone. Les chanteurs présentent des profils similaires : tous deux sont scientifiques et doués d’une grande originalité dans leurs textes. Du pain béni pour les deux maisons de disques qui y voient d’emblée une stratégie commerciale. Elles les montrent en rivaux, mais Évariste se défend encore aujourd’hui de ces commérages de journaux pour midinettes. Évariste connaît vite le succès et embraye sur un deuxième 45 tours. Quelques mois plus tard, Mai 68 explose. Tout est bouleversé.

Évariste écrit une série de chansons d’inspiration engagée et court les soumettre à Lucien Morisse. Quand l’homme qui avait créé Salut Les Copains et épousé Dalida entend la chanson La Révolution, sous forme de dialogue entre un père et son fils, il se décompose. La maison AZ ne peut pas sortir ça, c’est impossible.  À ce moment précis, Lucien Morisse va commettre un geste historique dans l’histoire de la musique en France. Navré de ne pouvoir suivre officiellement son chanteur sur ce coup, il l’invite à produire son disque tout seul, mais avec son soutien tacite. Il appelle l’usine de pressage de disques et leur demande de pratiquer les mêmes tarifs pour Évariste que ceux en vigueur pour AZ. Le chanteur et ses musiciens disposent du même studio que pour le disque précédent, chacun jouant gratuitement en attendant le retour sur investissement. Le 45T « La Révolution /  La Faute à Nanterre » se vend sous le manteau, boulevard Saint-Michel et alentours. Il s’écoule vite, très vite…le retour sur investissement ne se pas fait attendre.

Évariste continue de chanter à Nanterre, avec « la bande à Jussieu » dans laquelle traine « le jeune Renaud, le p’tit gavroche » comme il le surnomme. Un gars de la bande est parent de Wolinski, il les présente. Les deux s’entendent comme pancarte et slogan, si bien que Wolinski dessine la pochette du disque « La Révolution ».

Quand le réalisateur Claude Confortès décide d’adapter la série de dessins de Wolinski intitulée Je ne veux pas mourir idiot, il propose à Évariste d’écrire la bande originale. Son copain, désormais dessinateur dans Hara-Kiri Hebdo, lui fera souvent de la pub en vertu du principe de « spécial copinage » auquel il tient. Bien que florissante, la carrière d’Évariste touche à sa fin. 1970 inaugure la décennie au cours de laquelle il va faire une découverte déterminante dans le domaine de la science et de la musique. Suite à ça, il se détournera de l’univers de la musique autogérée et des revues gaucho pour se focaliser sur la science. Gardant en tête les encouragements d’Oppenheimer, il peut désormais poursuivre ses recherches en toute indépendance, grâce aux recettes de ses disques.

Joël réalise en effet qu’en décodant les séquences des protéines, on découvre des séquences musicales reconnaissables par l’homme. Il les dénomme protéodies. Si l’homme, à l’écoute d’une protéodie, y est sensible au point de la trouver belle, cela signifie qu’il est en carence de la protéine correspondante. Cette musique très singulière pourrait alors le soigner l’être humain. On peut retracer l’histoire de la musique à la lumière des protéines en déficit chez tel ou tel artiste, ou sur une majorité du public.

Vous avez toujours cru que les groupies hystériques, qui jettent leurs culottes avec passion et s’évanouissent dans la fosse, étaient apparues subitement parce qu’on avait jamais rien vu d’aussi beau que les Beatles ? Faux ! Pour Évariste, tout est affaire d’intro protéinée. Le début de leur premier tube Love me do correspond à la dopamine, soit le neurotransmetteur qui pousse à l’achat compulsif. Une intro pareille ne pouvait que déchainer les chignons des groupies, victimes de la mode et de la biologie.

Il a si bien vendu que ses revenus de musicien lui apportent longtemps l’autonomie financière à laquelle il aspirait déjà quand il se confiait à Oppenheimer. Le scientifique a pu ainsi exercer ses recherches sans aucune contrainte institutionnelle. Il se consacre désormais à ses protéodies, installé dans les bureaux de l’Université Européenne de la Recherche, qui siège à deux pas de la Sorbonne qu’il a si bien connue. Évariste n’est plus. Joël a repris le contrôle de cette bête étrange et drolatique.

LONG CHRIS – Nevralgie particulière (1967)

Long Chris, de son vrai nom Christian Blondieau, est né à Paris le 26 janvier 1942. Avec son groupe Les Daltons, Long Chris sera l’un des pionniers du rock and roll en France dès 1962. Si son groupe ne connaitra jamais le succès des Chaussettes Noires et autres Chats Sauvages, Long Chris n’en sortira pas moins une dizaine de EP chez Philips. Le morceau “Névralgie Particulière “ ici compilé est issu de son unique album “ Chansons bizarres pour gens étranges” (1966).

Si sa propre carrière d’interprète ne rencontre que peu de succès, c’est en réalité en tant qu’auteur-compositeur que Long Chris va obtenir la reconnaissance qu’il mérite. Ami d’enfance de Johnny Halliday, il va ainsi écrire tout au long de sa carrière de nombreux tubes pour son ami comme La génération perdue, Je suis né dans la rue, Gabrielle et Joue pas de rock’n’roll pour moi.

Christian Blondieau est aujourd’hui un spécialiste des antiquités militaires et l’auteur de nombreux ouvrages historiques. Il possède un magasin d’antiquités dans le quartier du Village Suisse à Paris et travaille également comme expert en ventes publiques auprès des commissaires priseurs.

JOANNA – Hold up inusité (1969)

Quoi, Joanna serait belge ? Oui, bon, vous ne faites pas tant d’histoires quand il s’agit de Johnny, Brel, Adamo ou Annie Cordy.

PAPY – Toi le Shazam(1967)

« Les hippies de San Francisco ne sont désormais plus seuls, leur mouvement a traversé l’Atlantique, et a déferlé sur nos côtes. Le premier à se réclamer des leurs est un peintre de Montmartre, il s’appelle Papy. Il chante « Toi le Shazam » qui est le nom du grand prêtre des hippies et son mode de vie se résume en trois phrases :

Fais ce que tu veux, quand tu veux, où tu veux »

Tout un programme que l’on peut lire au dos de la pochette du second 45 tours (Vogue -1967) du mystérieux Papy, ainsi propulsé sans doute bien malgré lui chantre des hippies made in France par les chefs de produit opportunistes de chez Vogue. A part cela, Papy, de son vrai nom François Papi aurait été peintre sur la butte à Montmartre. Il y peignait au kilomètre des poulbots pour les touristes. On découvre sa collaboration avec Claude Perraudin le temps de ce 45 tours et d’un suivant sur lequel figure l’excellent « Machine ». Chez Born Bad Records, on aime bien Claude Perraudin, ancien collaborateur de Gainsbourg, Claude François ou encore Jacques Dutronc qui composa de nombreux disques d’illustration sonore dont le chaudement recommandé album « Mutation 24 ». En 1984, Papy sortira un tardif et ultime 45T «  On revient toujours au pays ».

pierre-paul-jacques-EP009-1024x1011PIERRE, PAUL OU JACQUES  –  Je suis Turc (1967)

Encore un projet né de l’imaginaire fantasque de Richard Bennet (aka William Benett), Directeur artistique audacieux et téméraire de chez Barclay, découvreur entre autre de Nino Ferrer. Comme d’habitude, on trouve aux manettes de ce curieux disque des Pierre, Paul ou Jacques, son groupe de prédilection les Piteuls, emmené par Serge Koolenn et Richard Dewitt (Deux futurs « Il était une fois »). On se souvient que c’est déjà à eux que Richard avait confié la réalisation du terrifiant et LSDique 45Tours des Papyvores (CF Wizzz Vol1), et du Buddy Badge Montezuma.

L’instrumental de « Je suis turc » sera recyclé une nouvelle fois via le délirant morceau « Ma ceinture Papa, j’ai peur Maman » sur l’unique 45 tours de Patrick Bernard. Pour mémoire, et ceux qui n’ont pas la chance de posséder la compilation WIZZZ volume 2, ce sont bien les Piteuls qui mutèrent ensuite en Bain Didonc (Rappelez-vous le terrifiant «  Quatre cheveux dans le vent ») puis en Jelly Roll (Je travaille à la caisse)

J-BL02Recto-1024x986JEAN-BERNARD DE LIBREVILLE – La juxtaposition 210 (1966)

C’est Germinal Tenas, directeur artistique de chez Vogue qui sera à l’origine de l’ambitieux Ep de Jean-Bernard de Libreville qu’il produit en 68 : Rencontre conceptuelle du dandysme, du surréalisme et du punk avant l’heure. Ce disque visionnaire, déglingué et foutraque trouvera un accueil dithyrambique dans la profession mais pas auprès d’un public toujours aussi autiste et frileux. Le disque deJean-Bernard de Libreville reste encore à ce jour l’un des plus beaux Ovni musicaux produits en France.

Fuyant la guerre d’Algérie, Chaib Bouri a 5 ans lorsqu’il atterrit en France avec ses parents dans la cité HLM du Bel-air à Montreuil sous Bois (93). Sa mère lui offre pour ses 10 ans une guitare et c’est en autodidacte qu’il commence à composer quelques morceaux déjà décalés en écoutant les Beatles, les Rolling Stones, et Bob Dylan. A 15 ans, Chaib décide d’aller auditionner chez Vogue. Christian Fechner et Germinal Tenas, les directeurs artistiques du label sont séduits par le jeune adolescent. Germinal Tenas, plus excentrique tu meurs avec son singe sur l’épaule, sa chemise à fleurs et son cigare signe donc Chaib chez Vogue pour quatre 45 tours.

Rebaptisé par Germinal Jean-Bernard de Libreville – c’est plus chic – il est rapidement convenu d’enregistrer un premier disque (1966).

Sur des textes et musique de Chaib, Germinal expérimente, et laisse aller sa créativité débridée : bandes passées à l’envers, rythmiques bruitistes, musique répétitive et singulière que Germinal baptise L’hyperno-music. Ce disque unique en son genre est un véritable ovni dans la production de l’époque.

Pour compléter ce disque conceptuel et avant-gardiste, Germinal à besoin d’un personnage à la hauteur de la démence du disque. Chaib se doit ainsi   d’incarner de toute pièce un énigmatique dandy au look très sophistiqué (Redingote victorienne, cravate foulard, canne à pommeau, lunettes de soleil qu’il pleuve ou qu’il vente).

Rien n’est laissé au hasard. La pochette du EP, avec une photo prise par Michel Quennville, le mari de Claire Bretecher, renforce encore l’aura mystérieuse de Jean-Bernard de Libreville. Chaib y apparait majestueusement insolent, le cigare à la bouche, avec un enfant sur les genoux.

A la sortie du disque, la profession salue unanimement l’audace de Germinal Tenas. L’avenir semble radieux pour Chaib et Il est déjà question de faire un Olympia.

L’organisation d’une conférence de presse pour le lancement du EP en fanfare est orchestré et mis en scène par Tenas. Il ne faut pas décevoir et le lancement doit être à la hauteur du personnage imaginé par lui. Toute une mise en scène proche du happening est ainsi orchestrée par Vogue. Chaib arrive ainsi triomphalement dans une boite des champs Élysée, sortant d’une somptueuse Jaguar et entouré de gardes du corps. Il déboule accompagné de sirènes stridentes et hurlantes, de banderoles géantes « Juxtaposition 210 » devant un parterre de journalistes médusés. Jean-Bernard est censé délivrer son petit numéro de dandy déglingué savamment répétée avec Germinal. Mais Chaib du haut de ses 15 ans se sent dépassé, trop impressionné, il perd ses moyens, et la petite sauterie de Germinal tourne au désastre. Tétanisé, enfermé dans un mutisme profond, Jean-Bernard se révèle incapable de prendre la parole. La farce tourne au cauchemar.

JB-de-Livreville-EP003-1024x1015S’ensuit une virulente engueulade entre Germinal et Jean-Bernard. Excédé par les manipulations de Germinal qui projette tous ses délires sur lui, Jean-Bernard refuse d’honorer ses engagements. Il n’y aura pas d’autres 45 tours, Il refuse de continuer à travailler avec son mentor. Le contrat est résilié, l’Olympia annulé, et Jean-Bernard jeté aux oubliettes du showbiz.

Quelques années ont passé (1969) et Christian Fechner qui a été licencié de chez Vogue vient de monter sa propre boite. Fechner recherche un artiste pour sortir un album potache et sulfureux sensé surfer sur la vague d’indignation suscité par la sortie du « Je t’aime moi non plus » du duo Birkin-Gainsbourg. Entre chansons paillardes et gauloiseries, Jean-Bernard accepte de faire cet album de commande. Accompagné pour l’occasion des Haricots Rouges, le disque est rapidement mis en boite. Pas toujours très inspiré, souvent balourd, Fechner n’est que moyennement enthousiaste à l’issue de ces sessions d’enregistrement. Il vient de se lancer dans le cinéma avec les Charlots et tout cela lui semble désormais bien secondaire. Fechner se désintéresse peu à peu du projet et Jean-Bernard reste finalement avec cet album sur les bras.

Les années passent, et début 70, alors que Jean-Bernard est dans une casse automobile pour trouver une pièce pour réparer sa vielle Rover, il tombe par hasard sur Hilary Cus, un ancien de chez Vogue. Ce dernier monte désormais des concerts et tournées en métropole pour des groupes Antillais. Hilary qui vient de monter sa propre boite d’édition Dayvis, accepte de sortir sur deux 45 tours quatre des morceaux issus des sessions d’enregistrement avec Fechner. C’est ainsi que les singles « Allons y gaiement / Du Miles Davis » et « Sexo-phone / Les pipes » voient le jour de façon confidentielle.

Chaib abandonne peu de temps après définitivement son pseudonyme de Jean-Bernard de Libreville. Les années qui suivent sont difficiles. Continuant comme il peu, il joue pas mal dans le métro et sort quelques disques sous différents noms (Cyril Savine, Chaib).

Fatty-nauty-EP-recto005-1024x1022FATTY NAUTY – A tumba Part 2 (1968)

Bernard Paganotti, né à Oran en Algérie, fonde avec Christian Vander le groupe Chinese (1967) qui se rebaptise rapidement Cruciferius Lebonz. En 1968 Paganotti sort chez Barclay le EP de Fatty Nauty n’ Cruciferius Lobonz dont est extrait “Tumba” ici compilé. Ils font quelques dates en première partie de Ronnie Bird et David Alexandre Winter, mais sans succès.

En 1967 après le départ de Christian Vander partie fonder Magma, Bernard continue le groupe en compagnie de François Bréant, Patrick Meru et Patrick Jean. Sous le nom de Cruciferius ils enregistrent un album qui reste encore à ce jour l’un des chefs d’œuvre du rock progressif français. Le groupe ayant splitté au début des années 70, Bernard rejoint alors son ami Vander au sein de Magma. En septembre 1976 Bernard quitte Magma et forme Weidorie

Bassiste d’exception, Bernard devient l’un des bassistes français les plus demandés au cours des années 80. Il enregistre ainsi avec Francis Cabrel, Johnny Halliday, Mylène Farmer, Vanessa Paradis pour n’en citer que quelques uns.

Bruno Leys – Eve (1968)

Vous l’aviez découvert sur la WIZZZ volume 2 avec le déflagrateur « Maintenant je suis un voyou », il revient avec cet inédit de premier ordre.

Mais remontons le temps… Début 67, Bruno est en fac de médecine à Paris. En rentrant de l’université en voiture avec un de ses potes, Bruno chante nonchalamment par-dessus les morceaux que diffuse l’autoradio. Son ami est étonné de découvrir son joli brin de voix et l’encourage à auditionner pour un groupe d’amis de la fac qui recherche leur chanteur. Bruno ne sera pas choisi à l’issue des auditions, mais se liera d’amitié avec un des membres du groupe, Emmanuel Pairault.

Emmanuel, de son côté, suit des cours d’économie qu’il décide d’arrêter pour s’inscrire au conservatoire afin d’apprendre les percussions et l’utilisation des fameuses ondes Martenots.

Il compose ainsi quelques titres en solo dont la singularité est d’utiliser ces ondes. Il cherche quelqu’un pour mettre en paroles ses morceaux et propose à Bruno de lui écrire quelques textes. Bruno et Emmanuel développent ainsi rapidement un petit répertoire sans autre ambition que celle de s’amuser. Dans des circonstances désormais oubliées, ils font tout de même passer leur titre à Nicole Croisille qui leur suggère d’envoyer leur maquette à son ami Norbert Saada, le patron du label La Compagnie.

Saada est séduit par cette utilisation inédite des ondes Martenots dans des chansons pop. Il leur propose de suite d’enregistrer un disque. Emmanuel Pairault réunit ainsi rapidement une petite équipe pour les besoins de l’enregistrement. Les sessions se déroulent rue de la Gaîté au studio de Dominique Blanc Francart avec Bernard Lubat aux percussions, François Rabath à la contrebasse, Jimenez et Jean-Pierre Dariscuren aux guitares, Emmanuel Pairault et Sylvain Gaudelette aux ondes Martenots, et bien entendu Bruno au chant. Quatre titres sont ainsi enregistrés pour les besoins  du EP à venir (« Maintenant je suis un voyou », « Eve », « Hallucinations », et « Galaxie »)

Les sessions terminées, Bruno se voit dans l’obligation de partir au service militaire et perd un peu le contrôle des opérations. Norbert Saada presse un 45t promotionnel pour tenter de trouver une licence sur le marché canadien mais en vain. Pour les collectionneurs, ce très rare 45t couple les titres « Maintenant je suis un voyou » et « Galaxie ».

Au son retour du service, Bruno apprend que Norbert Saada se retire des affaires et a vendu son catalogue mettant ainsi un terme à tout espoir de voir un jour son disque sortir (1969). Le morceau “Eve” est ainsi resté jusqu’à ce jour inédit.

Nato-photo-dos-cover014-1024x885Nato-je-tapprendrai-SP013-1024x1020NATO – Je t’apprendrai à faire l’amour (1969)

Nato est né en 1944 en Belgique dans un milieu bourgeois (Père haut fonctionnaire et mère catholique très pratiquante) où il reçoit une éducation religieuse extrêmement stricte. Il étudie au Collège de St Luc, le pendant belge de nos Beaux Arts, et se découvre très tôt une passion pour la peinture.

Son premier boulot à l’issue de l’école, il le décroche à la Sabena (l’équivalent belge d’Air France) comme décorateur. Mais très vite ce marginal qui s’ignore encore étouffe et démissionne pour se concentrer uniquement sur son art qui devient global. Nato touche à tout : Peinture, performance, sculpture, musique, cinéma. Il jouera d’ailleurs dans plusieurs longs métrages de son ami Christian Mesnil dont le mystérieux “Psychedelissimo”.

Rapidement sa peinture devient érotique et le sexe devient central dans son travail. En 1968, Nato signe chez Riviera et sort simultanément deux 45tours détonnant: “L’amour interdit par la loi / Je t’apprendrai à faire l’amour”, et “Marijuana / Faire l’amour / Tu ne dis pas ça/ Le grand voyage” (1969) qui sont trop provocateurs pour trouver leur public.

Clairement hippies et subversives, ses chansons sont autant d’odes à la fornication, l’amour libre, et les paradis artificiels, ce qui manifestement ne plaît pas à tout le monde.

Face au peu de succès rencontré, Nato se concentre sur la peinture. Il multiplie les expositions, et les happenings dans toute la Belgique.

En 1974, il enregistre avec le groupe suédois Lady Pain, l’album “Actuel Un” (Barclay) et part s’installer à Paris avec femme et enfants. Dans les années qui suivent Nato qui ne cesse les projets artistiques sortira encore les albums conceptuels « F.M. Accoustic », et « Triple objet créatif de consommation auditive »(1982) sans d’avantage de succès. Des disques eux aussi bien barrés comme on dit pudiquement.

 

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