Si nous avions quitté la Salle Pleyel mercredi soir avec une certaine amertume, nous voilà réconciliés avec les lieux. La raison de cela porte un nom, celui du Wayne Shorter Quartet !

La formation intègre Danilo Perez au piano, John Patitucci à la contrebasse et Brian Blade à la batterie. A eux trois, la liste des meilleurs jazzmen avec lesquels ils ont collaboré et collaborent encore devient si longue qu’on oublie de compter. De Dizzy Gillespie à Wynton Marsalis en passant par Chick Corea, George Benson, Jack DeJohnette, Michael Brecker, Herbie Hancock, Stan Getz, etc. ces trois hommes se sont forgé un jeu et une expérience qui permet à Wayne Shorter d’emmener son quartet au plus haut niveau.

L’alchimie entre ces quatre virtuoses ne pourrait fonctionner mieux et évidemment on le ressent dans leur musique, que les artistes se partagent pas de manière tout à fait habituelle. La construction du jeu n’est pas stricte, carrée, la parole n’est pas prise par l’un puis l’autre mais par tous en même temps. Chacun attrape la musique au vol, la complète par ce qu’il sait faire de mieux et avant même d’en avoir fini, c’est un des trois autres qui commence à répondre.

Wayne Shorter a donné la recette de ce superbe mélange : arriver aux balances l’après-midi avec de nouvelles choses, si bien que tous ont envie de se lancer dans l’exploration de celle-ci le soir même. En résulte une effervescence créative où chacun donne le meilleur de soi-même, pour le plus grand plaisir des musiciens et du public qui parait conquis par ces défis que se lancent mutuellement les artistes.

Si leur façon de fonctionner reste la même du début à la fin, les intentions des musiciens n’en sont pas moins variées. Des passages les plus fins où seulement quelques notes se font entendre ça et là, accompagnées d’une ligne de basse minimaliste et de quelques coups de cymbales jusqu’au jeu le plus explosif où tous semblent vouloir casser la baraque, la dynamique est immense. Il suffit d’un seul regard entre Brian Balde et John Patitucci pour que la section rythmique change de cap et enflamme la totalité du quartet. C’est donc tout autant un plaisir de les écouter que de les regarder, traquer le moindre petit signe qui pourrait annoncer la suite.

Wayne Shorter, bien qu’étant le maître incontesté de la formation, n’occupe pas plus le premier rang de la scène que les trois autres. Miles Davis avait dit de son second grand quintette qu’il n’avait été que l’élément rassembleur des jeunes talents qui le composaient (H. Hancock, T. Williams, R. Carter et W. Shorter). En écoutant fonctionner la formation de Wayne Shorter, on se dit que ce dernier pourrait tirer les mêmes conclusions de son quartet tellement tous semblent apporter autant sur scène. On retiendra aussi le duo Patitucci-Blade : leur énergie et leur façon de faire monter le ton, quelle claque ! Et le sax soprano de Wayne Shorter qui nous aura souvent rappelé le son Weather Report. Leurs talents individuels et leur extrême complicité nous ont vraiment fasciné toute la soirée !