Nonesuch Record
Tigran Hamasyan [p], Sam Minaie [b], Arthur Hnatek [dm]

Comme l’avait annoncé Guillaume, Tigran sortait son nouvel album le 16 janvier dernier.

Parler de recette pour décrire la musique de ce jeune prodige est bien sûr réducteur, mais les ingrédients sont ici nombreux : une maîtrise parfaite du jazz traditionnel, une main droite extraordinaire, une gauche percussive, un jeu occidental et tempéré mais aux accents arméniens, et enfin une ouverture aux autres musiques contemporaines (dub, métal, électro, pop, etc.). Dans Mockroot il n’est plus question de traiter un thème jazzy-dépaysant comme dans l’album A Fable, ou comme le travail d’Avishaï Cohen. Une démarche plus radicale, initiée dans Shadow Theater, met en avant l’art de la fusion sauce Tigran : un style tantôt proche d’un heavy-métal onirique (“double-faced“) tantôt proche d’une pop délicatement sucrée, à l’image de ces “Apple Orchard in Saghmosavanq“.

Si son travail “d’harmonie arménienne” commence à être archi-connu de tous, c’est à mon avis le fabuleux festival de polyrythmie qui rend cet album intéressent. L’oscillation binaire-ternaire est bien dépassée maintenant, avec ces longues frasques rythmiques mettant souvent en quinconce la batterie des autres instruments. des frasques impossibles sans, on l’imagine, un travail de composition parfaitement millimétré avec Sam Minaie et Arthur Hntaek. L’esprit demeure néanmoins sensible sur certaines tracks avec un sens inéluctable de la mélodie (“Lilac” au piano solo) et l’utilisation de la voix.

Mockroot s’avère encore plus singulier que le précédent album, Shadow Theater. D’apparence facile voire trop consensuelle, cet album mérite pourtant vraiment que l’on y rentre pleinement, que l’on y adhère et… que l’on kiffe l’énergie Tigran !

– Rémi –