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Au menu aujourd’hui, quoi de mieux que de s’attaquer à un grand classique soul? Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ce “Back Stabbers” un grand disque: Un excellent groupe, des producteurs de génie au sommet de leur art, des tubes, tout est là.

Petite présentation des forces en présence: Les O’Jays sont à l’origine un quintet gospel de l’Ohio, qui s’appellent les “Triumphs”, puis les “Mascots”, avant d’adopter leur nom définitif en hommage à un DJ de Cleveland qui soutient leur premier single “Miracles” en 1961, Eddie O’Jay. Le groupe connaît une carrière de seconde zone durant toutes les années 60, sortant des morceaux soul romantiques de qualité, mais aucun tube et aucune entrée dans les charts.

Le groupe est tout proche de jeter l’éponge avant la rencontre qui va changer leur destin. Kenneth Gamble et Leon Huff ne sont que des producteurs de studio parmi d’autres pour le label Neptune en 1968, mais ils seront bientôt les apôtres du Philly Sound, une soul léchée, très produite, caractérisée par des textures chaudes et des arrangements luxuriants de cordes et de cuivres. Les O’Jays ne sont plus que 4 après le départ de Billy Isles, mais cette rencontre débouche sur plusieurs singles sur Neptune (“One Night Affair”, “Deeper in love”), et certains de leurs plus gros succès jusqu’à alors.

En 1971, le label Neptune ferme malheureusement ses portes et Bobby Massey quitte lui aussi le groupe, qui se retrouve donc à un nouveau tournant. A ce moment, Le label Motown a déménagé en Californie et est devenu si gros qu’il produit toutes sortes de titres, le “son Motown” n’est donc plus qu’un souvenir, Stax continue de sortir quelques excellents albums de son côté mais ne s’est jamais réellement remis du décès brutal d’Otis Redding, et la Soul a besoin d’un nouveau souffle. Ce souffle, ce sera Gamble et Huff, et leur outil l’un des labels essentiels des 70’s, Philadelphia International Records, qu’ils créent en 1971. Les 3 membres restants des O’Jays, Eddie Levert, Walter Williams et William Powell rejoignent logiquement l’écurie du nouveau label. La meilleure décision de toute leur vie.

Produit par Gamble et Huff, mais aussi par un autre excellent musicien, Bunny Sigler, l’album qu’ils préparent en studio va jeter les bases de la Philly Soul, mais aussi accoucher de 5 singles qui rentrent dans les charts Soul, dont 2 vendus à plus de 1 million d’exemplaires et qui atteignent la première place de ces charts. Les paroles des morceaux sont plus complexes et les sujets abordés plus variés que dans les morceaux à l’eau de rose du groupe. L’album ouvre avec “When the World’s at peace”, un morceau funky et puissant aux accents de contestation sociale et enchaîne avec le morceau titre, “Back Stabbers”, dont les paroles parlent à une grande partie de la population, black notamment, en pleines années Nixon. Mais si “Back Stabbers” est l’un des plus grands morceaux Soul de tous les temps, c’est grâce à sa ligne de piano, ses harmonies vocales, son groove universels, repris d’ailleurs par Angie Stone dans “I wish I didn’t miss you” il y a une dizaine d’années. Back stabbers atteint même la 3e place des charts Pop. C’est quand même moins bien que “Love Train”, le dernier morceau de l’album, qui se place carrément en première position des charts pop, témoignant d’un énorme succès global.

Le reste de l’album est excellent lui aussi, on se laisse bercer par le groove des ballades “Sunshine”, “Who am I” ou “Time to get down” et emporter par la Soul merveilleuse de “992 arguments” ou “Shiftless, Shady, Jealous Kind of People”. Bref cet album, en plus d’être décisif car annonçant les autres succès à venir du label et posant les bases de la Philly Soul, est avant tout une merveille, à découvrir de toute urgence.