Sullivan Fortner Aria
Sullivan Fortner [p]
Tivon Pennicott [ts]
Aidan Caroll [b]
Joe Dyson [dms]

Impulse! – Sortie le 4 septembre 2015

Quel plaisir de trouver récemment dans notre boîte à lettres Aria, premier album en son nom du tout aussi jeune que génial pianiste Sullivan Fortner. Celui que nous avions découvert il y a quelques années lors d’un concert du Roy Hargrove Quintet au New Morning (et que nous retrouvons désormais chaque année), marque le début de sa carrière comme leader chez le prestigieux label Impulse!, re-né de ses cendres l’an dernier.

Peut-être parce qu’il s’est formé sous les ailes de musiciens charismatiques (Christian Scott, Roy Hargrove, Etienne Charles, Stefon Harris), Sullivan Fortner n’abuse pas de sa position de bandleader. Au contraire, cet album résonne comme celui d’un quartet bien accordé : c’est ainsi qu’il a été souhaité, comme le fruit d’un collaboration amorcée il y a plusieurs année comme c’est le cas.

« Je ne voulais pas que le disque sonne comme un album solo. Je voulais qu’il sonne comme celui d’un véritable groupe » Sullivan Fortner

La musique que nous propose Sullivan Fortner pourrait laisser insensibles les plus avant-gardistes d’entre vous. Ses choix sont assez conventionnels (n’y voir rien de péjoratif) : formation, compositions, influences, certes, mais il faut simplement retenir de cela que le pianiste est profondément ancré dans la culture jazz américaine. Natif de la Nouvelle Orléans, il maîtrise parfaitement les codes du genre.

Ce “debut album” lui permet de s’exposer personnellement à un large public (Impulse! tout de même !) et de présenter ce dont il se nourrit comme ce qu’il imagine. Deux facettes auxquelles il a choisi de donner même importance : l’album s’articule autour de 5 compositions originales et 5 standards. Mais l’interprétation que Fortner donne de I Mean You, thème de Thelonius Monk, monstre sacré du piano, illustre tout à fait la balance équitable faite entre sa porosité aux influences et le développement d’idées personnelles.
You Are Special quant à lui illustre surtout ses influences les plus proustiennes ! Fortner confesse avoir été fasciné par le pianiste de Fred Rogers étant gamin, lorsqu’il regardait son show télévisé. Le calme et la maîtrise de l’interprétation illustre bien à quel point l’influence est profonde.

Des 5 compositions proposées, 4 sont issues d’une commande passée par la New York City’s Jazz Gallery : Expansions : Suite in ‘B’ for Jazz Quintet. Nous partagerons volontiers notre faible pour Aria qui ouvre l’album et dont l’effervescence des premières mesures laisse ensuite place à une interprétation faisant preuve d’un interplay impeccable.
Notre deuxième coup de coeur sur l’album est tout simplement la piste 2, une superbe ballade tout en volupté sagement intitulée Ballade, titre honnête. On conclura en vous assurant que si le titre manque d’idée, le capital créativité est passé à 100% dans les compositions et les interprétations du quartet. On adore !

(Prochaines dates en France : 17 oct. à Nancy, 23 oct. à Clermont-Ferrand, 24 oct. à Toulouse, 26 et 27 oct. au Duc des Lombards Paris)