Nous y sommes presque. L’emploi du temps de chacun ressemble maintenant à quelque chose de réalisable. Des flux familiaux se dessinent. Les amis commencent à ranger les objets fragiles en vue des soirées difficiles. Pour les menus on réfléchit encore mais il est déjà noté ceux qui mangent de tout, et inversement.

Reste le détail, sinon l’incontournable : trouver la musique pour les festivités…un fameux dilemme que voilà.

La personne méticuleuse que vous êtes a sans doute des exigences. On voudrait un son pointu histoire de charmer le comité. Mais cela –  si possible –  sans du free berlinois qui provoque malaise et tachycardie dès les premières minutes de veillée. On voudrait une ambiance lounge et cool, mais sans provoquer chez vos invités, un concours de champs lexical péjoratif à propos du jazz (muzak, ascenseur et autres allusions au bouddha bar) . Et l’on voudrait évidemment la magie de Noël mais – si possible – sans la participation de Renée Fleming*.

Ca tombe bien ! Le Digitalophone a justement quelques suggestions à vous soumettre…

 

THE BAD PLUS JOSHUA REDMAN

EQUAL THE BEST

L’avantage de l’album est qu’il parle tout de suite à tout le monde. Pas besoin de dessin, ce motif d’ « At this moment slips away » est suffisamment clair : entre matériaux pop (les Bad Plus se sont faits experts dans l’exercice des reprises rock) et rythmiques inattendues, la composition de Reid Anderson introduit magistralement les neuf titres de l’album qui correspondent à cette image. L’harmonie et les couleurs sont tranchées, avec un souci du détail esthétique et de la blue note contemporaine comme dans « Dirty Blonde » (R. Anderson encore une fois). Les quelques balades sont somptueuses, et puisque l’on aborde les promenades, on trouve Joshua Redman très à l’aise pour habiller la musique des Bad Plus. A balancer sur la platine, voire à disposer au pied du sapin !

2015 – Nonesuch – Reid Anderson (b), Ethan Iverson (p), David King (dm), Joshua Redman (ts).

 

TIGRAN HAMASYAN – LUYS I LUSO

POUR CONTEMPLER LA NEIGE TOMBER

Un deuxième Tigran en moins d’un an ? Après son hommage enthousiaste au métal et aux basses fréquences, le pianiste nous a dévoilés à la rentrée son nouveau projet : « Luys i Luso » (Lumière des Lumières), une série d’adaptation de musique classique religieuse Arménienne, arrangée pour piano et chœur. Un exercice périlleux, réussi grâce au goût et l’audace de la nouvelle star mondiale arménienne. Pour les anxieux, des solos ont quand même trouvé une place dans la set liste… Un album hivernal et élégant, qui oscille entre le monde classique et le jazz européen.

2015 – ECM – Tigran Hamasyan (arr, p), Yerevan State Chamber Choir.

 

LEE KONITZ / CHARLIE HADEN / BRAD MEHLDAU – ALONE TOGETHER (LIVE)

IL Y AURA DU JAZZ A NOEL

Lee Konitz, c’est un gros morceau de l’histoire du jazz, partagé entre cool et plus récemment free. Deux styles confirmés par son affinité aux formations intimistes, propices à laisser développer un timbre merveilleux (son énoncé du thème « Cherokee » en dit long). Charlie Haden, c’est le free jazz aux idées claires, celui qui dynamise le groupe lorsque ça part aussi bien qu’il égrène son lyrisme dans ses solos (excellent « ‘Round Midnight »). Nous ayant quitté cette année à l’âge de 78 ans, cet album constitue une belle photographie de son talent.

Enfin, il y a la nouvelle génération, un Brad Mehldau des années ’90, qui s’immisce peu à peu sur le premier titre « Alone Together », avant de laisser ses recherches harmoniques nous envoûter. Alone together c’est également l’écho à l’interplay, concept développé par Evans pour rompre à l’époque avec le rôle traditionnel de chaque partie accompagnante. En découle un magnifique concert. Du jazz néo-classique mais avec des musiciens avant-gardistes. La beauté du son et des idées est mise en lumière par l’incroyable sensibilité de chacun. Bref c’est la classe !

1997 – Blue Note – Lee Konitz (s), Charlie Haden (b), Brad Mehldau (p)

 

LOUIS ARMSTRONG / DUKE ELLINGTON – THE GREAT SUMMIT

S’IL FAUT SERVIR LE WHISKY EN MUSIQUE…

On finit par l’incontournable pour les fêtes. La réunion qui a eu lieu en 1961 entre Louis Armstrong et Duke Ellington est une singularité. D’ailleurs, écouter Duke Ellington sans son orchestre en est une autre (citons peut être comme autres entraves à la règle, ses collaborations avec Coltrane, ou encore Mingus & Roach). Si l’album est puissant par son feeling, vous ne trouverez pas ici quantité de notes, d’instruments ou de virtuosité, si ce n’est celle de la puissance du discours musical. Ellington joue ce qu’il a toujours joué, Armstrong interprète ses thèmes avec brio, et l’accompagnement du clarinettiste Barney Bigard est d’une incroyable justesse (peut être parce qu’il connait ces deux messieurs par coeur : il était soliste dans l’orchestre d’Ellington pendant plus de 15 ans avant de rejoindre l’ensemble d’Armstrong).

Cette compilation, de ce qui était « Together For The First Time » et « The Great Reunion » a été remastérisée il y a une dizaine d’années, juste dans le but d’inviter Louis et Duke à votre table pendant ces longues soirées d’hiver. Royal.

Remast. 2001 – Blue Note – Duke Ellington (p), Louis Armstrong (tp, v), Barney Bigard (cl), Danny Barcelona (dm), Mort Herbert (b), Trummy Young (tb)

 

*encore que !