royhargrove

Quelle soirée ! Roy Hargrove est un grand du jazz d’aujourd’hui, c’est certain. Le charisme du trompettiste à envahi le New Morning hier soir lors d’un concert de plus de 3h30.

L’efficacité du quintette est évidente et le concert commence sur les chapeaux de roues. Pas de salut au public, pas de minute de mise en place, Justin Robinson (sax atlto), Sullivan Fortner (piano), Ameen Saleem (basse), Quincy Phillips (batterie) et Roy Hargrove attaquent du tac au tac. Pendant plus de 3h30, les jazzmen nous font faire le tour du jazz dans ses formes les plus traditionnelles. Tantôt be, tantôt hard ou post, les amateurs de bop en ont eu pour leur argent. Mais leur musique se teinte de groove quand la basse se fait trémoussante ou de soul quand Roy chante Never Let Me Go.

Le très haut niveau de ce concert réside dans la combinaison de plusieurs facteurs. La proximité avec les musiciens, leur virtuosité individuelle (on pense notamment à Justin Robinson ou Quincy Phillips… impressionnants !), la fluidité dans l’enchainement des impros due à un dialogue permanent entre les musiciens. Même quand Sullivan Foster tente désespérément de mettre fin à son chorus par des coups d’oeil insistants à Quincy Phillips qui regarde ailleurs, ils s’en sortent avec brio le sourire aux lèvres. La simplicité des musiciens : petit tour d’honneur des trompettiste et saxophoniste en salle qui continuent de jouer au milieu du public… Dans de si petites salles, c’est aussi la réceptivité du public qui contribue à cette atmosphère de partage. Voilà déjà de bons éléments pour un concert réussi. Néanmoins, rendons à César ce qui appartient à César. Et hier soir, César s’appelait Roy Hargrove. Un trompettiste d’un incroyable charisme. Son allure, sa posture, sa présence sur scène, ses prises de chorus impromptues cotonneuses ou brillantes que l’on devine parfois plus longues que prévues pourraient, si on ose la folle comparaison, laisser planer un air de Miles Davis sur la scène. Derrière ses lunettes noires, le génial leader capte l’attention du public par la moindre de ses notes nous fait vibrer aux sons de ses trompette et bugle.

Parmi tous les projets des Roy Hargrove, son quintette est certainement celui qui nous touche le plus. Plus jazz que jazz, il nous rappelle les plus belles années du bop et les décennies phares de Blue Note avec ses Lee Morgan, Freddie Hubbard et autres Donald Byrd. A voir en live absolument.

A écouter, Earfood paru en 2008 sur le label Emarcy, qui compte parmi nos essentiels.

Roy Hargrove – Earfood (2008) by Le Digitalophone on Grooveshark