Mulatu Astatke / Tony Allen – Live Report

Décidément, beaucoup vont finir par croire que nous ne jurons que par la salle Pleyel. Mais même si ils ont une programmation jazz intéressante, nous allons essayer prochainement d’élargir nos horizons (il y aura tout de même Ibrahim Maalouf à venir en avril). Toujours est-il que la soirée d’hier a été variée. Variée tant par la musique proposée (de l’Éthiojazz de Mulatu Astatke à l’Afrobeat de Tony Allen) que de par nos impressions. Explications.

La soirée débuta donc par le jazz de Mulatu Astatke, teinté de musique traditionnelle Éthiopienne, accompagné par les musiciens européens de The Heliocentrics. Un bel ensemble donc, composé de Mister Astatke au vibraphone et percussions, James Arben (fabuleux) au saxophone et clarinette basse, Freddie Gavita à la trompette, Danny Kean au violoncelle, Alexander Hawkins au pianio et au clavier, John Edwards à la contrebasse, Richard Olatunde Baker aux percussions et Tom Skinner à la batterie. Peu de risque a été pris du côté de la set liste : Mulatu nous a servi ses classiques revisités et ponctués de solos bien sentis. On a reconnu, dans le désordre, Yègellé Tezeta, Yekatit, Sabyé, bref beaucoup de ce que l’on vous avez mis dans notre playlist dédiée de samedi (ici). Mais quel bonheur de voir le père de l’Éthiojazz exécuter tout ça en live : une force tranquille qui n’hésite pas à mettre en avant ses musiciens et qui, en chef d’orchestre, dirige ses compositions d’une main de maître. Peu de solos de Mr Astatke donc, mais que se soit du saxophone, de la trompette ou même du violoncelle et de la contrebasse, ils ont étés remarquables. On aurait aimé que cette première partie se prolonge, mais après plus d’une heure de concert et un rappel, il était temps de laisser la place à Tony Allen. Nous fredonnerons un moment je pense les mélodies enchanteresses des cuivres et du vibraphone de Mulatu.

Après un changement de plateau radical, arrivent donc les musiciens de Tony Allen, puis le père de l’Afrobeat lui même. Cette deuxième partie, disons le tout de suite, nous a beaucoup déçu. Car même si elle a réussi à transformer la salle Pleyel en une gigantesque piste de danse, ce qui est déjà un exploit en soit, la musique en elle même nous laisse dubitatif. Le projet présenté était From Detroit to Lagos et mélangeait la musique Africaine aux différents genres Afro-Américains, avec un collectif de musiciens issus de la nouvelle scène de Détroit. Outre Tony Allen à la batterie, nous avions donc César Anot à la basse, François Xavier Bossard au clavier, Claude Dibongué à la guitare, Nicolas Giraud à la trompette, Jean Jacques Élangue et Yann Jankielewicz aux saxophones et Audrey Gbaguidi au chœur. On ne saurait trop définir le genre musical de cette partie, un mélange de reggae et de funk peut être, mais quelque fois lourd et répétitif. Ce n’est pas évident d’écrire un live report négatif sur un artiste que l’on aime et que l’on admire, mais nous avons eu la sensation que Tony Allen s’est un peu perdu sur ce projet. Autant nous avions adoré et compris ses Blacks Series, autant là nous somme un peu perplexe. Le niveau sonore de la salle, beaucoup trop fort à notre goût, n’a sans doute fait que renforcer ce sentiment négatif. Il y a eu tout de même quelque très bons moments, comme lors du solo mémorable du bassiste César Anot (ancien bassiste de Fela Kuti également), qui, aidé de sa voix, nous a régalé avec une séance de slapping. Bref, nous nous consolerons en écoutant son dernier album : Afrobeat Makers, sorti le mois dernier et que nous avions beaucoup aimé (vous pourrez l’écouter ici).

Une soirée en demi teinte donc, mais qui aura eu le mérite de nous faire voire deux artistes fabuleux et légendaires.

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