headerRécemment décédé en 2010, Melvin Bliss, de son vrai nom Melvin McClellan, n’a pas enregistré le moindre autre disque que ce 45 tours sorti en 1973 sur Sunburst Records, un petit label de funk New Yorkais. Pas le moindre morceau ni avant, ni depuis cette galette ayant rencontré un succès très relatif, mais depuis passé à la postérité grâce à sa face B, sûrement l’un des 3 morceaux les plus samplés de l’histoire du Hip Hop.

Difficile, voire impossible de croire que le bonhomme n’ait pas rencontré plus de succès tant ce disque est une merveille, tant la voix altière et solennelle de Melvin semble planer de toute sa splendeur. Ecrits et composés par le chanteur des Exciters et compositeur Herb Rooney, les 2 morceaux ont traversé le temps. Si “Reward” est un solide morceau de funk aux breaks et à la mélodie efficaces, “Synthetic Substitution”, alors pensé comme un remplissage pour la face B, est sans conteste l’une des merveilles de l’histoire de la musique black.

Tout démarre par LE break de batterie, la partie du morceau samplée dans un trillion de morceaux de hip hop, qui en fait donc l’un des fondements de cette musique, un break mythique pour des centaines de MCs, danseurs, DJs et producteurs. Cette merveille de beat est assurée par Bernard “Pretty” Purdie, l’un des batteurs les plus influents de la musique du 20e siècle, et qu’on rencontre dans l’excellent documentaire “Looking for Galt”, posté en début de semaine dernière par Julien. De nombreux morceaux aux beats magnifiques ont servi de base aux producteurs de hip hop, et ceux-ci sont souvent de petites bombes sur n’importe quel dancefloor (“Impeach the President” des Honey Drippers ou “Funky Drummer” du godfather en chef par exemple), mais ceux-ci n’ont pas la puissance, la complexité et la beauté du petit bijou qu’est Synthetic Substitution.

Sur ce beat de batterie incroyable viennent se greffer une mélodie au piano sombre, envoûtante et diablement funky, et la voix solennelle de Melvin, qui scande des paroles étranges et originales à propos d’une révolution synthétique. Cette face B est tout sauf simple, mais néanmoins d’une efficacité et d’un envoûtement absolument immédiats. Melvin Bliss est décédé en 2010 et ce 45 tours est donc resté le seul de sa vie, celui-ci poursuivant une carrière discrète en chantant dans de petits clubs de jazz, des country clubs, des églises, des bar-mitzvah. Tout cela ne peut que nous rendre triste, mais grâce à ce chef d’oeuvre en face B, sa voix et son oeuvre resteront à jamais intemporelles. A noter qu’un documentaire de Earl Holder sobrement intitulé “Synthetic Substitution : the life story of Melvin Bliss” a été diffusé dans quelques salles de New York au printemps dernier. Il ne nous reste plus qu’à guetter une éventuelle sortie française. Pour l’heure impossible de dénicher la moindre copie malgré mes recherches assidues. En attendant vous pouvez regarder les 2 trailers de ce docu ici et .

Synthetic Substition by Melvin Bliss on Grooveshark