millerorleans

Nous étions hier soir à l’avant dernière soirée de concert du festival Orléans Jazz dont Marcus Miller était la tête d’affiche. Au passage, nous remercions chaleureusement le festival qui nous a aimablement accordé une accréditation.

D’abord un mot sur le cadre. La scène principale est installée au Campo Santo d’Orléans, un immense cloître enherbé situé à deux pas de la cathédrale qui le domine. Un lieu magique où, dès la nuit tombée, les lumières de la scène, des galeries qui l’entourent et de la cathédrale rendent les concerts des plus intimes.

Aussi quelques mots sur le Trio Lavollée Dubreuil Larmignat qui occupait la scène avant Marcus Miller et qui a été une très belle découverte. Une batterie, des claviers, un vibraphone et un ordinateur. Voilà leur boîte à outils pour produire un jazz centré sur de superbes ambiances et des textures terriblement travaillées. Leur univers est captivant. Ils feront l’objet d’un post prochainement.

Bref. 22h, le pire moment pour aller chercher le kit de restauration du festivalier : hot-dog, frites, demi. Un peu d’attente mais ça permet de passer le temps pendant le changement de plateau sur lequel trônera, comme en novembre à l’Olympia, la petite collection de basses de Marcus Miller.

22h30. Chhuuuuut, ça commence !

On attaque dans le vif du sujet avec Detroit, chanson phare du dernier album et sa ligne de basse. C’est Alex Han au saxophone qui ouvre la voie des impros, suivit de Brett Williams aux claviers. Dans la même foulée vient Redemption qui permet à la trompette de Sean Jones de s’exprimer aussi, puis Miller. Le groupe calme les esprits avec February qu’Adam Agati décore d’un solo tout en douceur. Il se montrera quelques instants plus tard bien plus virulent sur Jekyll & Hyde avec un chorus ultra saturé et dynamique. Pour introduire Goree, le bassiste nous raconte dans son impeccable (ou presque) français pourquoi il a composé cette pièce et laisse Brett Williams l’entamer seul au piano. On le sait, la clarinette basse est en coulisses, c’est elle qu’il est parti chercher ! Nous ressentons effectivement ce que Marcus a voulu mettre dans ce titre. Une tristesse qui prend rapidement la forme d’une mélancolie positive qui fait naître lueur d’espoir. Alex Han prend un superbe chorus au saxophone pendant lequel Marcus range la clarinette et prend le temps d’exécuter quelques pas de danse avant de revêtir sa fretless. L’association de ce son si particulier avec celui du soprano de Han nous rappelle étrangement le son de Weather Report dans la période Pastorius. Toujours à la fretless, le band attaque Slippin’ Into Darkness, aussi dans la tracklist du dernier album Renaissance, sur lequel Sean Jones prend un solo virtuose.

Le groupe quitte la scène. Connaissant largement le public français et sa tradition du rappel, il sait qu’il va falloir revenir. Sans surprise, c’est le cas. Rappel en deux parties : la première seul à la basse pour jouer I’ll Be There et la deuxième qui fait office de bouquet final avec Blast! du précédent album. Le rappel prend la forme d’un boeuf, tous prennent un chorus, en particulier Louis Cato dont c’est le premier et qui met de sacrés coups aux fûts ! Une vraie tempête !

Marcus Miller, protégé de Miles Davis à ses début, est aujourd’hui une des figures les plus populaires du jazz. Tout comme son mentor à la fin de sa carrière, mettre en avant ses performances individuelles n’a plus de sens, on connait son talent. Il s’impose donc comme le maître de cérémonie qui organise sa prestation, distribue la parole à ses jeunes musiciens, et plane au dessus de cela. S’il y a une chose que l’on peut regretter, c’est la similarité du concert avec celui de l’Olympia, identique à l’ordre des titres près.