Sortie le 16 mars
Brett Williams [kbds], Louis Cato [dms], Lee Hogans [tp], Adam Agati [elg] et Alex Han [s], Alune Wade [b,v], Adama Bilarou [per], Guimba Kouyaté [g], Cherif Soumano [kora]
Blue Note

coup-de-cœur

Avant même de savoir de quoi il s’agit, on note la première nouveauté : Marcus Miller rejoint le mythique label Blue Note.

Afrodeezia, un nom qui sonnerait comme celui d’une pathologie obsessionnelle, d’une identité plurielle. Témoigner des origines africaines de sa musique pour continuer d’avancer… La sensibilité de Marcus à l’histoire de l’esclavage des Noirs n’est pas tout à fait nouvelle. Il l’avait déjà exprimée à plusieurs reprises lors de la sortie de son précédent album Renaissance (Concord Jazz – 2012) pour justifier l’écriture du titre Gorée dont le nom reprend celui d’une petite île située sur les côtes du Sénégal où les marchands du commerce triangulaire mettaient «en attente» leurs esclaves avant le départ pour les Amériques.

Depuis nommé artiste de l’UNESCO pour la paix en 2013, cette envie de retrouver l’essence de sa musique a fait son chemin, jusqu’à motiver l’écriture et la réalisation de ce nouvel opus au titre révélateur. Et si ce retour aux sources a déjà inspiré beaucoup de jazzmen avant lui, il s’agit d’une vraie nouveauté dans le parcours artistique de ce maître du groove.

« Ma volonté principale était de remonter à la source des rythmes qui font la richesse de notre héritage musical, de partir de l’Afrique pour les suivre, comme à la trace, jusqu’aux Etats-Unis. Ce périple nous a menés du Mali à Paris, de La Nouvelle-Orléans à Sao Paulo, en passant par les Caraïbes. J’ai eu le bonheur de collaborer avec des musiciens maliens, burkinabais, brésiliens, trinidadiens… » Marcus Miller

Cet album singulier dans la discographie du bassiste et clarinettiste va puiser dans les traditions rythmiques et harmoniques des musiques issues du mélange culturel que le commerce esclavagiste a entrainé. Marcus Miller nous balade de part et d’autre de l’atlantique : chants d’inspiration africaine, rythmes caraïbéens, instruments traditionnels (gumbas, kola), claves sud américaines… Autour d’un noyau dur de musiciens qui l’accompagnaient déjà sur sa tournée Renaissance se greffent des musiciens rencontrés au fil du voyage. Les titres ont été enregistrés entre le Brésil, Los Angeles, La Nouvelle Orléans, le Maroc et la France. Bref, le processus est total.

Si Marcus Miller nous prouve que la richesse du jazz doit beaucoup à son histoire, l’abolition de l’esclavage n’a heureusement pas enrayé l’engrenage du métissage musical. Il n’était donc pas question de mettre de côté son histoire personnelle, ses influences passées. L’album porte indéniablement la marque de la “patte” de ce musicien de génie : son goût du rythme, ses plans de basses, ses interventions à la clarinette basse. On notera par ailleurs l’incroyable ré-interprétation de Papa Was A Rolling Stone des Temptations, d’une couleur inédite.

A 55 ans, Marcus Miller continue de chercher, d’enrichir sa musique de nouvelles influences. Il propose ici une vraie nouveauté dans son univers musical et également dans le répertoire de Blue Note qui par la même occasion peut ajouter à la déjà longue liste de musiciens légendaires le nom de ce musicien effervescent.