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Une fois n’est pas coutume, c’est de bande dessinée que nous allons vous parler aujourd’hui. Mais pas n’importe quelle type de BD, puisqu’elle traite ici de la vie d’un bluesman mythique : Robert Johnson.

Dans Love in vain Robert Johnson 1911-1938, Jean Michel Dupont au scénario et Mezzo aux dessins s’attaquent à la légende du blues qui en deux ans et un peu plus de 30 titres a changé la musique et inspiré Charlie Parker, Dylan, les Stones ou encore Led Zeppelin. La tâche est ardue car nous savons finalement peu de chose sur le bluesman. Mort jeune (il appartient au tristement célèbre club des 27), et malgré une courte carrière il a laissé des standards tels que Sweet Home Chicago, Crossroads ou Love in Vain qui donne son nom à la BD.

La légende qui l’entoure pourrait être résumée ainsi : le chanteur, compositeur et guitariste était un jeune noir né dans une plantation du Mississippi dans le village de Hazlehurst. Sa mère quitte son père alors qu’il est encore petit et s’établit à Memphis, puis à Robinsonville vers 1916. C’est là qu’il commencera la musique et utilisera le nom de son père : Johnson. En février 1929, il épouse Virginia Travis à Penton. Cette dernière tombe enceinte pendant l’été et décède lors de l’accouchement avec l’enfant.

7011125-10726719En 1931 il rencontre un autre bluesman : Ike Zinnerman qui fera office de mentor. Il ne tarde pas non plus à retrouver une femme : Calletta Callie Craft, qui s’occupera de toute l’intendance laissant à Robert le temps de travailler sa musique. Les progrès que fait Johnson à la guitare sont alors tels que nait la fameuse légende du pacte avec le diable : un soir qu’il se promenait il se perdit à un carrefour. Il s’endormait lorsque surgit une ombre qui s’empara de sa guitare, joua quelques notes divines avant de s’enfuir en lui rendant l’instrument. Ce marché avec le diable lui aurait alors permis de devenir le roi des bluesmen.

« Nous étions sur la route des jours et des jours, sans argent et parfois sans nourriture, cherchant un endroit décent pour passer la nuit. On jouait dans des rues poussiéreuses et des bars crasseux, et tandis que j’étais à bout de souffle et me voyais vivre comme un chien, il y avait Robert tout propre comme s’il sortait d’une église le dimanche ! » Johny Shines, un de ses partenaires.

Vers le milieu des années ’30s, Robert Johnson jouit d’une relative célébrité dans la région et enregistre son premier disque en 1936 : ce sera le morceau Terraplane Blues. Il poursuivra sa carrière de musicien, voyageant dans la région du Mississippi jusqu’à sa mort là encore mystérieuse le 16 août 1938. Certains prétendent qu’il aurait été empoisonné par un mari jaloux, d’autres qu’il serait mort de la syphilis ou encore d’une pneumonie. Il est difficile de déterminer le vrai du faux dans la légende qu’aura été la vie de Robert Johnson.

La bande dessinée s’attache alors plus à décrire l’atmosphère du Mississippi résolument Blues qu’à chercher à retracer scrupuleusement l’épopée du musicien. En résulte un récit musical, plus proche de l’œuvre du guitariste, et qui nous semble participer pour notre plus grand plaisir à la légende de Johnson. Love In Vain fait d’ailleurs apparaître une divinité Vaudou dans le récit pour évoquer le légendaire pacte avec le diable. L’histoire de ce dandy noir, narrée par une voix off, nous plonge donc davantage dans une fiction que dans une biographie. Le mythe Faustien de Johnson est retranscrit avec force. Entre la légende du bluesman et la description de la ségrégation raciale des noires en plein Mississippi, Love In Vain offre un double récit passionnant. Le dessin n’est pas en reste avec un trait expressionniste qui colle parfaitement à cet univers blues. Entre mythe et réalité on suit avec plaisir le voyage de ce bluesman :  Love In Vain est un véritable hommage graphique à cette légende de la musique.

Love in vain. Robert Johnson 1911-1938, de Mezzo et Jean-Michel Dupont, Glénat, 72 pages, 19.50 €

Pour vous faire une idée plus précise de la vie et de l’œuvre de Robert Johnson on vous propose plus bas une compilation de ses morceaux ainsi qu’un très beau reportage sur sa musique!

 
Robert Johnson by Le Digitalophone on Grooveshark