Kris-Bowers

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Après Takuya Kuroda et Ambrose Akinmusire, voici un troisième jazzman issus de la nouvelle génération d’artistes américains à nous régaler. Car Heroes + Misfits est pour un premier album ambitieux et parvient à montrer toute l’étendue du talent de Kris Bowers.

Le pianiste, formé à la Juillard, montre un technicité impressionnante tout au long de l’album. Entre jazz et musique R&B voire électro, Heroes + Misfits se veut résolument jeune et contemporain. Il peut faire d’ailleurs penser par bien des aspects à l’univers du Robert Glasper Experiment. Des éléments de la musique Hip-Hop se font également sentir. Toutes ces influences que le pianiste distille dans ce premier album viennent sans doute aussi des collaborations musicales très diverses qu’il a pu faire jusqu’à présent : de Aretha Frankin à Wynton Marsalis, de José James à Marcus Miller, sans oublier Jay-Z et Kanye West. À voir son CV (vainqueur du prestigieux concours Thelonious Monk en 2011) et son background, on comprend mieux Heroes + Misfits et la capacité de Bowers a sauté d’un univers à l’autre.

“I wanted to take all the different types of music and all the different influences that are part of who I am, and make all of those things a part of my original compositions.” Kris Bowers.

Les sidemen du pianiste sont également issus de cette jeune garde de musiciens américains qui aiment ouvrir le jazz aux musiques contemporaines et populaires. On retrouve le saxophone alto du Robert Glasper Experiment Casey Benjamin, le tenor Kenneth Whalum III, le guitariste Adam Agati, le bassiste Burniss Earl Travis II et le batteur Jamire Williams. Quelques guests font également leur apparition pour le chant : Julia Easterlin, le très éclectique Chris Turner et bien sûr l’incontournable José James. Aidé par cette équipe impressionnante, on suit ce qui pourrait s’apparenter à un portrait musical du pianiste : d’une ballade R&B (WonderLove) on passe à un jazz plus sophistiqué (Vices and Virtues) avec aisance. On sent alors à la fois les influences de Bowers mais aussi ses talents de compositeur : Drift fait par exemple clairement penser à une BO de film. Les styles musicaux s’entrechoquent et créent tout au long de l’album une atmosphère hybride et accrocheuse. Car bien que parfois complexe harmoniquement, Heroes + Misfits se veut toujours accessible.

L’éclectisme musical de Kris Bowers est la pierre angulaire de cet album, voir même un outil dont le pianiste se sert pour repousser plus loin l’horizon du jazz et de la musique en général. Heroes + Misfits est un album généreux et exploratoire. Bowers fait ce qu’il aime, sans se soucier des styles, et c’est extrêmement rafraîchissant. La démarche n’est pas sans rappeler celle du Robert Glasper Experiment, même si le résultat et l’univers sont bien différents. Voici donc un album authentique, à la croisée des chemins, que nous vous recommandons chaudement : gros coup de cœur!
En bonus on vous met une petite cover de Rigamortis de Kendrick Lamar.