Kamasi Washington – The Epic

Epic500x500-000000-80-0-0Grosse révélation aujourd’hui : après plusieurs écoutes d’Epic par Kamasi Washington on a pris une grosse claque. Révélation car ce n’est pas un saxophoniste qui occupait jusqu’à présent le devant de la scène, même si cette situation risque bien d’évoluer après ce triple album. Vous l’avez toutefois peut être entendu au côté de Flying Lotus ou de Kendrick Lamar (il a de grosse partie sur To Pimp a Butterfly), et en vétéran de la scène de Los Angeles qu’il est avec Gerald Wilson ou Harvey Mason. Dans tout les cas, on vous en dit plus sur le premier album d’un saxophoniste définitivement atypique.

Sorti sur le label Brainfeeder, The Epic fait figure de petite révolution pour un label plus enclin à l’électro qu’au jazz modal. Mais le label de Flying Lotus connait le bonhomme, et rappelons que le grand oncle de FlyLo n’étant autre que John Coltrane ceci explique peut être cela. Pour un premier album, Kamasi Washington fait fort avec un (triple) album de près de trois heures, enregistré avec 32 musiciens et un chœur de 20 personnes. Les membres de ses précédentes formations The Next Step et The West Coast Get Down sont également toujours à ses côtés. Qu’ils soient issus du Hip Hop, du jazz ou de l’afrobeat tout ce beau monde s’accorde à merveille dans The Epic avec pourtant pas moins de deux batteurs, deux bassistes (avec Stephen Bruner à la basse électrique), deux claviers, des cuivres et des voix, le tout parfois accompagné par un orchestre à cordes. On a connu des formations plus facile pour enregistrer un premier album. Ajoutons à cela 13 compositions sur 17 écrites par Kamasi Washington et le tout arrangé et produit par ses soins.

“I was always getting put in these situations where all this stuff I learned in jazz didn’t really apply. Jazz is like a telescope, and a lot of other music is like a microscope.” Kamasi Washington, interviewé par Pitchfork.

Ce qui interpelle le plus dans The Epic est sa modernité, faite de personnes, d’influences et d’inspirations très diverses. La première écoute de l’album donne la sensation de découvrir un nouvel univers où l’on pourrait croiser des solos de John Coltrane, Donald Bird dans ses explorations vocales, Sun Ra avec son Arkestran et Flying Lotus et son approche plus électronique. Le projet est immense (Epic) et on ne prétendra pas vous le décrire et l’analyser track by track. A vous de vous lancer dans l’aventure, en gardant l’esprit et les oreilles grandes ouvertes. Préparez vous à entendre une ici une touche d’afro groove (Final Thought), là un peu de spiritual (Re-Run) ou de modal (Change Of The Guard), ou encore une touche de soul (Cherokee, cover de Ray Noble) ou de funk (The Message). 4 ans ont été nécessaires pour aboutir à The Epic, 4 ans qui ont indubitablement été mis à profits tant l’album parait maîtrisé de bout en bout.

“The fact of the matter is that nobody understands what John Coltrane is doing except John Coltrane. And maybe not even him. So we’re all experiencing it on this subconscious level.” Kamasi Washington, interviewé par Pitchfork.

Après trois heures de déluge musical, où l’on passe par tout les états, on ne peut sortir de cette transe jazzistique que ravi. Oublions les étiquettes, qu’elles soient modales, free, straight ou autres, et accueillons le jazz du 21ème siècle. Un jazz sans complexe qui cite mais ne copie pas, et qui emmène son auditeur loin et fait progresser le genre par la même occasion.

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *