kellylee evansPour la sortie de son nouvel album I remember when, un assortiment de morceaux originaux et de reprises de tubes français et internationaux et son premier sur une major, la chanteuse soul jazz canadienne d’origine jamaiquaine nous reçoit radieuse dans les locaux d’Universal à Paris.

Bonjour Kellylee, ravis de te rencontrer. Le Digitalophone te connait un peu, mais pourrais-tu te présenter en quelques phrases pour nos lecteurs ?

Bonjour je suis Kellylee Evans, avant j’étais chanteuse de jazz, mais aujourd’hui je suis plutôt chanteuse, à moitié pop, à moitié soul, à moitié jazz, à moitié tout. Je suis canadienne, née à Toronto mais aujourd’hui je vis juste à côté d’Ottawa, dans la campagne, avec des ours, des vaches et des araignées grandes comme un bras (rires).

Le public te découvre en 2006 avec ton premier album « Fight or Flight », qui est très bien reçu par la critique, et là on découvre ta voix, qui est superbe, mais aussi ton talent pour écrire des chansons, que tu confirmes dans le second album, et en 2010 tu sors « Nina », qui est un changement radical, puisque tu décides de faire un hommage à Nina Simone, et ce sont donc des reprises plutôt que tes chansons. Tu peux nous expliquer ce changement ?

Quand j’étais gamine j’ai toujours adoré chanter la musique des autres. A cette époque je n’étais pas capable et je ne rêvais même pas d’écrire mes propres chansons. Quand j’ai appris le jazz, je l’ai appris à travers les standards, et même à l’écoute, j’ai toujours adoré écouté différentes interprétations des standards. Il y a cette familiarité, tu connais déjà les chansons. Donc j’ai toujours eu envie de faire un disque de standards, mais ensuite des choses se sont passées, j’ai failli mourir.

Effectivement, on ne peut souhaiter ça à personne, mais j’imagine que ça a du t’inspirer pour écrire.

Oui, j’ai eu ma mère qui est morte aussi. Quelques jours après avoir failli mourir, j’étais allongée à l’hôpital en raison de mon allergie, et mon mari m’a dit : “pourquoi tu continues à lire ce livre sur le tennis (que j’étais en train de lire au moment de mon allergie) ? Tu as des livres sur le songwriting, tu aurais pu perdre ta voix, tu dois faire quelque chose, si tu ne fais rien j’espère que tu vas perdre ton pied ! Ecris quelque chose !” Et c’est comme ça que j’ai commencé à écrire mes propres chansons. Mais j’ai toujours gardé en tête de faire des hommages à toutes les chanteuses qui m’ont inspirées, parce que j’ai appris grâce à elles. J’avais dans ma tête un coffret d’albums, hommage à Nina, hommage à Ella… (rires) Après les 2 CDs avec mes propres chansons, qui ont été assez durs à faire, émotionnellemnt et parce que j’étais indie.

C’est plus dur en effet

Quand tu es indie, tu dois tout faire, tu t’autoproduis et tu dépends énormément de tes amis. Donc j’avais envie de faire quelque chose ou j’aurai juste à chanter.

Tu voulais juste avoir à arriver en studio et chanter les chansons.

Exactement, chanter et rien d’autre. A ce moment là j’ai écrit dans mon journal intime « Je veux faire un disque de standards et je veux rien faire sauf chanter ». Une semaine après, j’ai eu un message sur mon myspace, de Yann Martin, de Plus Loin Music, qui me demandait si je voulais venir en France pour faire un album de standards ! Ouais !!

Et c’est toi qui as choisi Nina ?

Oui. Il m’a dit, qu’est-ce que tu veux faire ?

Et donc cet album t’ouvre de nouvelles portes, puisque c’est ton premier album sur un plus gros label.

Oui, et puis tu chantes des choses avec lesquelles les gens sont très familiers. On a fait des dates où c’était pas Kellylee Evans, mais « Hommage à Nina Simone ». C’était facile pour les gens mais moi ça me stressait. On a enregistré très vite, en deux jours, des fois en une prise. Alors qu’enregistrer « The Good Girl » mon deuxième album avait pris 6 mois, on avait travaillé dur. Quand on a eu tous ces bons retours pour Nina je me suis dit «oh non mais c’est pas possible» (rires). Quand Universal m’a contacté, ils m’ont demandé de faire un disque d’originaux, je leur ai dit : Vous êtes surs, c’est beaucoup plus facile avec des standards (rires). J’avais peur de recommencer à écrire en plus, je me disais peut-être que j’ai plus rien à dire, j’avais aimé le fait que les gens aiment mes chansons parce que j’ai quand même eu un peu de succès en indie, mais il y a vraiment plus de travail.

Du coup Universal te demande des chansons personnelles, alors comment se fait-il que sur ce nouvel opus il y a aussi beaucoup de reprises ? Et comment as-tu choisi ces morceaux, certains ne nous ont pas étonnés comme les reprises d’Eminem, Kanye ou Gladys Knight, en revanche on a été beaucoup plus surpris de trouver Stromae ou « Désolé » de Sexion d’Assaut ?

En fait quand je suis venu en France pour Nina je parlais pas français et on m’a dit si tu veux apprendre vite, écoute de la musique ça va marcher. Donc j’ai cherché le Top Ten des charts tu vois. Il y avait Stromae, Il y avait Sexion d’Assaut, Ben l’Oncle Soul, Christophe Mae. Donc j’écoutais ça j’ai été regarder les vidéos sur Youtube, j’avais les paroles sous le nez et mon dico, tu vois.

D’accord. Et c’est donc pour ça qu’on retrouve certains de ces morceaux sur l’album.

Oui et c’est des airs, des mélodies qu’on a envie de chanter. C’est pas pour rien qu’ils ont marché.

Et donc c’est toi qui as dit à Universal, « dans l’album on peut mettre des reprises quand même » ?

Non bah en fait on a tenté le coup et ils n’ont rien dit (rires).

D’accord. Ils sont pas au courant quoi. (rires)

J’ai vu dans le contrat, 10 chansons originales, j’ai dit ah merde. Mais ça va, maintenant qu’ils ont entendu ils sont contents, les gens évidemment c’est les standards qu’ils reconnaissent et qu’ils aiment le plus. Ca ne me gêne pas du tout. Si après ils découvrent mes chansons, comme « My Name is » ou « I remember when » je suis très contente. J’espère que ça se passe comme ça.

Comment s’est passé l’enregistrement ? Ca a été aussi rapide que pour Nina ?

On l’a fait en 6 jours. C’est pas mal ! On a fait des maquettes ici à Paris, enfin à Charenton, et on a fait l’enregistrement à Bruxelles, parce que c’est moins cher !

Finalement une des idées directrices de l’album rejoint ce qu’on pense au Digitalophone, en gros que le jazz n’est pas une musique elitiste pour initiés, mais que c’est à la base une musique populaire et qu’il peut plaire à tout le monde. En reprenant des standards avec une sonorité jazz, soul tu fais un peu la même chose, tu montres aux gens que c’est une autre sonorité mais que ça marche quand même.

Je suis totalement d’accord !

L’album est sorti il y a un mois, tu étais en concert au Café de la Gare hier, quels sont tes projets maintenant ?

Alors je vais faire d’autres dates, et puis cet été on fait la première partie de Joe Cocker. Pour la première fois on va faire de très grosses salles, donc un peu de pression, en plus quand t’es la première partie, les gens viennent pas pour toi. En tout cas hier il y avait du monde c’était chaud, ils retiraient les sièges, c’était plein à craquer. Avant j’avais l’habitude de faire de faire des concerts dans des boites de jazz, c’est des habitués, ils viennent te féliciter mais ils viennent pas pour toi, hier c’était énorme !(rires) 500 personnes ! J’ai commencé il y avait 15 personnes, 30 personnes.

Tu te rends compte du chemin parcouru, tu signes sur une major, c’est un cap que tu passes en quelque sorte ?

J’espère.

Tu vas avoir plus de promo ça c’est sûr. Le Digitalophone ne se déplace pas pour rien (rires). On est sans doute pas le plus gros media que tu vas faire, mais on a un lectorat très ciblé !

C’est cool !

OK on se rapproche de la fin de l’interview, c’est le moment d’aborder des questions sérieuses : Si tu avais la possibilité de rencontrer 2 artistes décédés, qui choisirais-tu ?

J’ai pas de réponse toute faite à donner. Evidemment ce serait cool de rencontrer les dames du jazz, même pas pour parler, mais pouvoir les écouter. Moi je voudrais être à leur table, avec un baillon sur la bouche pour pas parler, mais juste être là pour écouter leurs histoires. Ella (Fitzgerald), Sarah (Vaughan), ouais. Mais j’aimerais pouvoir rencontrer tous les grands, même très différents, genre Kurt Cobain, Maria Callas, mais juste pour les écouter.
J’étais dans un concours aux States, à la Thelonious Monk Jazz Competition, et pour les transferts on était dans le même bus que Wayne Shorter, T.S. Monk, et tous les jeunes on était là on les écoutait. Ils parlent de tout, ils parlent de la vie sur la route, des gens qu’ils ont rencontrés, avec qui ils ont joué. C’était passionnant.

J’imagine que ça devait être incroyable en effet. Autre question, tu préfères jouer en live ou en studio ?

Si c’est pour l’énergie j’adore le live, mais si tu dois créer quelque chose, en studio tu peux rester concentrée sur quelque chose, et ça j’adore.

Il y a de l’improvisation en studio dans ton processus de création ?

Pas beaucoup, et si tu veux entrer en radio, tu es obligée de rester assez carrée. En plus c’est quand même un disque de chant, donc il y a finalement assez peu de place pour l’impro pour les musiciens. Quelqu’un a aussi dit un jour, « si tu ne sais pas raconter ce que tu as à dire en trois minutes, tu es nulle ».

Les musiciens qui ont enregistré avec toi, tu les connais bien ?

Oui, j’enregistre et je tourne avec eux depuis Nina, donc ça fait trois ans maintenant, c’est vraiment ma famille.

Petite question sur eux pour finir. Le dernier morceau, « High », c’est un instrumental, c’est un hommage que tu leur fais ?

Non, en fait on a enregistré la voix, mais on a pas aimé, on a trouvé que le morceau sonnait mieux instrumental, on a aimé le groove, donc on l’a intégré dans l’album comme ça. Au début on voulait le mettre en ghost track. Mais en fait c’est pas une ghost track puisque c’est marqué !

En tout cas c’est une fin très réussie pour cet album. Kellylee merci d’avoir pris le temps de nous parler, on te souhaite tout le meilleur et on espère que “I remember when” remportera le succès que tu mérites.