maaloufOn attendait, nous étions impatients et les voici : les deux nouveaux albums d’Ibrahim Maalouf Kalthoum d’une part et Red & Black Light d’autre part. Et encore une fois, le trompettiste nous étonne, nous transporte, et prend à contrepied tous les ayatollah du jazz. Véritable ode à la femme, ces deux albums rendent hommage au beau sexe de façons très différentes. Quand l’un, Kalthoum, célèbre les femmes qui ont changé le cours de l’Histoire avec pour emblème Oum Kalthoum, l’autre, Red & Black Light,  rend hommage à la femme d’aujourd’hui. Petite visite de ces incontournables de la rentrée.

 

 

kalthoumVéritable hommage à la diva Egyptienne, Kalthoum est une très belle preuve d’amour et d’admiration du trompettiste pour les 40 ans de la disparition de celle que beaucoup surnommaient “l’Astre d’Orient”. Dans un jazz métissé qu’Ibrahim Maalouf a composé avec le pianiste Frank Woeste, on se laisse transporter par la relecture de l’un des grands standards d’Oum Kalthoum : Alf Leila Wa Leila (Les Milles et une Nuits). On retrouve en 7 morceaux tout ce que l’on aime (on pense à Wind notamment) dans l’univers plus “jazz” du trompettiste : une musique à cheval entre une multitude d’influences. On y entend un jazz plutôt acoustique, des accents d’orient, une place de choix pour la trompette quart de ton et une justesse d’interprétation et de production diabolique. La retranscription de l’œuvre de la diva était un projet titanesque dont Maalouf se tire avec brio. La pièce originale durait tout de même plus d’une heure. Quelques improvisations parsèment Kalthoum et apporte de la fraicheur et de la liberté à un ensemble totalement maîtrisé.
 

Aux côtés du trompettiste, on retrouve la même équipe que sur Wind : Larry Grenadier (contrebasse), Clarence Penn (batterie), Mark Turner (saxophone) et Frank Woeste (piano). Le groupe fonctionne très bien, et l’univers des contes des Milles et une Nuits prend une toute nouvelle forme avec la patte du trompettiste. Plus moderne et rythmée, cette version n’en oublie pas pour autant de nous faire voyager. Un très bel album et un superbe hommage donc que Kalthoum, où seuls les détracteurs d’Ibrahim Maalouf trouveront quelques redites dans les sonorités avec ses précédents albums. Rien de grave, tant l’album nous berce de mélodies soyeuses délicates.

 


 

500x500-000000-80-0-0Attention, changement d’univers! Après Kalthoum et son jazz léché et acoustique, place à un album plus pop et plus électro avec Red & Black Light. C’est sûrement cet album qui va surprendre le plus les fans du trompettiste!

«Cet album est très différent des précédents. C’est une évolution que j’avais envie de faire depuis un petit moment. Au-delà de l’accent plus électro, l’idée est d’amener ma musique à un résultat à la fois complexe dans l’écriture, la rythmique et facile à entendre, une musique qui séduit les novices et les techniciens. J’ai cherché à combiner des couches, à superposer des éléments très travaillés sur une mélodie agréable et facile à percevoir.» Ibrahim Maalouf.

 
Red & Black Light est une déclaration d’amour à la femme moderne, et cela s’entend tout de suite tant la différence d’univers avec Kalthoum est parlant. Mais soyons attentif et ne tombons pas dans la facilité ou l’à priori. Ce n’est pas parce que l’on présente l’album comme plus pop qu’il en est plus simple. Et c’est bien là toute sa force : Red & Black Light parle à tout le monde. Avec ses mélodies efficaces et accrocheuses et ses polyrythmies en 19, 17 ou 27 temps, il y en a pour tous les goûts. Il est incroyable de voir comment Ibrahim Maalouf est parvenu à offrir cette multitude de niveau d’écoute.

C’est avec un quartet cette fois que le trompettiste nous présente sa vision de la femme moderne. Avec Eric Legnini (claviers), François Delporte (guitare) et Stéphane Galland (batterie), Ibrahim Maalouf nous étonne encore avec 8 morceaux dont une reprise du Run The World Girls de Beyoncé pour clôturer l’album, tout un symbole. Pop, Elctro, World, Rock : Red & Black Light est multiforme et déborde d’idées. Il réussit néanmoins à rester lisible et présente une image au combien séduisante de la femme moderne.

Voici donc un album que l’on a du mal à lâcher. Il est à l’image de la femme d’aujourd’hui : complexe, surprenant et attachant. On l’aime immédiatement, même si on ne parvient parfois pas à tout comprendre. Une vrai réussite!

Concerts :
> Red & Black Light, les samedi 12 et lundi 14 décembre à 20h30 à Salle des concerts – Cité de la musique – Philharmonie 2 à Paris
Ibrahim Maalouf (trompette)
Eric Legnini (claviers)
François Delporte (guitare)
Stéphane Galland (batterie)

> Kalthoum, le dimanche 13 décembre à 16h30 à la Grande salle – Philharmonie 1 à Paris
Ibrahim Maalouf (trompette)
Franck Woeste (piano)
Mark Turner (saxophone)
Scott Colley (contrebasse)
Clarence Penn (batterie)