maaloufSacré meilleur artiste jazz de l’année 2013 avec Wind, son vibrant hommage à l’Ascenseur Pour L’Échafaud de Miles Davis, Ibrahim Maalouf nous prouve qu’il sait se réinventer dans son nouvel album Illusions. Et bien qu’il semble avoir pris la grosse tête via une série de vidéos où il se met en scène avec beaucoup d’humour (on vous en passe un épisode un peu plus bas), le jazzman ouvre sa musique à la pop et au rock pour notre plus grand plaisir! Que les fans se rassurent tout de même : le jazz n’est jamais loin.

maalouf2Le trompettiste, boulimique musical notoire, enrichit donc encore son univers de nouvelles influences. Après un savant mélange de musique des Balkans, de musique orientale et de jazz, voici que le rock et la pop (dans une moindre mesure) viennent compléter la palette sonore pourtant déjà riche du jazzman. Le pari était risqué : comment insuffler un nouvel élan à sa musique sans pour autant la dénaturer? Autant le dire tout de suite, nous avons beaucoup aimé et il s’agit pour nous d’un pari plus que réussi. On imagine facilement l’effet qu’auront des compositions telles que Conspiracy Generation qui alterne les passages puissants et les atmosphères calmes ou encore InPressi, propre à déchainer les foules. L’enchainement des trois premières tracks de l’album (Illusion/Conspiracy Generation/InPressi) est d’ailleurs dantesque.

Reste qu’à la première écoute, l’album surprend. Quand Wind était entièrement tourné vers le jazz (un jazz néanmoins métissé de sonorités orientales propres à Ibrahim Maalouf), Illusions se révèlent dès les premières mesures très rock. La guitare est très présente, et alliée aux quatre trompettes (Ibrahim Maalouf, Youenn Le Cam, Yann Martin, Martin Saccardy) elle sert des compositions qui dégagent une puissance impressionnante loin de l’atmosphère confinée qu’avait Wind. Bien qu’en s’éloignant de la douceur d’avant, l’ajout de ces trois trompettes permet à Ibrahim Maalouf de tailler des compositions clairement destinées à la scène avec des structures s’approchant de celles utilisées dans la pop (couplet, refrain). Place à un nouvel univers donc, où à l’image de la pochette et de ses artistes de cirques décadents la musique jazz n’est peut être pas seulement jazz.

Tout en répondant à la volonté du trompettiste d’avoir un album festif et plein d’énergie positive” on passe de compositions sauvages en passages plus apaisés. Entre fureur et douceur, le jazz y est plus énervé et clairement rock, métissé mais toujours fidèlement ancré à l’univers qu’Ibrahim Maalouf a pris le temps de développer avec sa trilogie Dia (Diaspora, Diachronism et Diagnostic). Car s’il ouvre de nouvelles voies, Illusions se sert de tout le langage qu’a élaboré le trompettiste auparavant et qui puise beaucoup dans la musique de son pays d’origine : le Liban. L’auditeur, pour peu qu’il connaisse la musique d’Ibrahim Maalouf, sera donc en terrain connu mais se laissera volontier emmener vers de nouveaux territoires. Pour notre part, nous sommes toujours accros à cette trompette microtonale tellement caractéristique. Et que se soit pour jouer du jazz pur ou pour nous emmener vers un univers plus rock, nos oreilles suivrons les pérégrinations musicales d’Ibrahim Maalouf avec plaisir, pour peu que son univers reste entier. Illusions est donc un véritable coup de cœur!