Vous l’aviez remarqué, ces dernières semaines le Digitalophone s’est impatienté de la venue d’Herbie Hancock à Paris pour sa tournée Plugged In – A night of solo explorations. C’était hier soir à la salle Pleyel, on en parle.

Comme le nom de la tournée l’indique, la liste des musiciens est très courte :
– au piano, claviers, iPad, machines : Herbie Hancock.

Et la setlist aussi :
Footprints
– ?
Maiden Voyage
Cantaloup Island
– Rappel : Rock It / Chameleon

Comme Herbie l’avait annoncé, il s’est entouré pour cette tournée non pas de musiciens, mais d’un bon set de matériel. Pour le coup il n’avait pas menti ! En arrivant dans la salle on découvre donc, trônant sur scène, un piano, plusieurs claviers et rien de moins que 5 iPads. De quoi bidouiller un maximum et refaire sonner les meilleures heures des Headhunters, du moins c’est ce qu’on pense.

Herbie arrive sur scène, tonnerre d’applaudissements. Il s’installe au piano et prend quelques secondes avant d’attaquer. Ce premier morceau est en fait une version de Footprints dont il justifiera le remaniement par un “Why didn’t I play it as expected ? Because I didn’t have to !”. Ensuite il continue par un morceau dont on a oublié le nom (désolé) sur le même modèle : improvisation au piano, relativement arythmique avec envolées improvisées. Puis il porte la main sur sa tablette et hop ! C’est parti pour la première boucle. Surprise ! En fait Herbie ne construit pas sa boucle ex-nihilo pendant le concert, elle est déjà toute faite et attend d’être lancée… Déjà, notre intérêt pour ces petits jouets synonymes de possibilités infinies est revu à la baisse. La boucle fait alors office de side-men et Herbie la complète par son jeu au piano. Bref on n’est pas trop séduit par cette initiative qui semble seulement combler le trou rythmique mais n’apporte pas grand chose sur le plan créatif.

Puis Herbie annonce Maiden Voyage et s’oriente majoritairement vers les claviers. Ha ouais, ça y est, ça va bidouiller ! En fait très peu. Le pianiste nous gâte avec des nappes de claviers qui, si elles n’étaient pas jouées par lui, seraient qualifiées de bien kitchs… Et c’est à peu près tout.

On attaque maintenant Cantaloup Island en acoustique. Les premières notes sont immédiatement reconnues par le public qui s’anime à l’idée d’entendre enfin un des standards qu’il attendait. L’interprétation d’Herbie Hancock sur ce morceau est un peu plus captivante. Il mélange piano, claviers, presets rythmiques assez sympa et boucle aussi quelques phrases bien à lui. Le concert commence à ressembler à ce qu’on était en mesure d’attendre vu le matos déballé sur scène !

Hélas l’enthousiasme suscité par ce dernier morceau est vite contrebalancé par le petit coucou de la main d’Herbie qui quitte la scène. C’est fini ? Quoi ? Déjà ? Il vient juste de commencer à jouer avec ses gadgets…

Chic, les lumières s’éteignent et une bande son démarre, on reconnait immédiatement Rock It ! Dans le noir réapparait le musicien qu’on ne distingue que grâce aux LED du clavier qu’il porte autour de l’épaule. Sans attendre il se fait applaudir, voilà ce que le public attendait ! Quelques notes et hop, il lance la ligne de basse du fameux Chameleon, premier morceau de l’excellent premier album des Headhunters. Certes, on l’attendait, mais fait comme ça, le rappel est en train de prendre des airs de medley des meilleurs titres électriques de l’artiste. Et bien non ! Si c’était le cas, on ne s’arrêterait pas là. Quelques notes de ce Chameleon, une petite impro vite fait bien fait et déjà Herbie Hancock quitte la scène. Pas le temps de réclamer un second rappel, les lumières sont rallumées. La frustration est immense, les choses sérieuses ne faisaient que commencer… Ce rappel bâclé en 6 minutes montre en main laisse clairement un goût de trop peu.

Herbie Hancock n’avait jamais tourné solo en Europe. Il a choisi pour cette première fois de jouer la carte de l’improvisation. Mais ce concert a peut-être montré les limites entre cette pratique et la recherche créative. Le pianiste semblait dans un autre monde que le public qui, sagement, le regardait en pleine exploration, remarquant ses hésitations : “Ah, tiens, si j’utilisais ce clavier maintenant ? Oh et puis non, le piano finalement… oh non, le clavier !”, ses incertitudes, ses erreurs. Si l’exercice est plus intéressant pour l’artiste que celui d’une interprétation classique d’un répertoire choisi au préalable, le plaisir de créer du musicien ne rencontre pas à chaque fois celui d’écouter du spectateur.

Vous l’aurez compris, nous n’avons pas été séduit par la prestation. Mais comme l’indique le nom de la tournée, il s’agissait d’une “night of solo explorations”. Et quand on cherche, on ne peut pas trouver à chaque fois. On se plait donc à croire que, si le maître du jazz-funk (entre autres) n’a pas trouvé cette nuit, une fois n’est pas coutume, il trouvera demain soir.

Pour pallier à notre frustration, on se regarde une petite vidéo bidouille de la période électronique.