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Il faut le dire, lorsqu’on achète un disque sans connaître, aussi détaché que l’on pense être des aspects commerciaux, la pochette n’y est jamais pour rien. Celle-ci, je vous l’accorde, n’est pas particulièrement séduisante et assez classique. Mais elle ne laisse aucun doute, c’est un enregistrement Blue Note des années 60. Et cela suffit à savoir que l’on ne sera pas déçu du contenu.

Et même si ce n’était pas Blue Note, le line-up est persuasif : Grant Green à la guitare, Bobby Hutcherson au vibraphone, Joe Henderson au sax ténor, Duke Pearson au piano, Bob Cranshaw à la contrebasse et Al Harewood à la batterie.

Idle Moments, titre éponyme, ouvre ce sublime album de Green Grant, guitariste phare du jazz des années 60 et 70 et porte son nom à merveille. Tempo très bas, ternaire, parfait pour chiller. L’enregistrement dure près d’un quart d’heure en raison d’incompréhensions entre les musiciens sur le nombre de thèmes, de chorus, etc. pendant la prise. Alfred Lion, producteur de Blue Note, jugea l’atmosphère de cette prise inégalable au regard de celles des prises alternatives plus courtes et choisit de de publier cette longue version.

Les titres suivants sont, de fait, plus courts. Jean De Fleur, unique composition de Green sur cet album, au tempo plus rapide, permet au leader de montrer sa virtuosité marquée par son style singulier : le guitariste ne prend ses chorus qu’en “single-notes”, pas d’accords à la carte comme chez Wes Montgomery ou Joe Pass. Les morceaux Django et Nomad complètent de swing les couleurs du disque.

Cet album est considéré comme l’une pièces majeures de la discographie de Grant Green. Il dégage une chaleur particulière que l’on peut peut-être attribuer au triangle guitare/vibraphone/piano même si les chorus au ténor ne sont pas avares de rondeur. C’est également un superbe album post-bop qu’on ne peut que recommander aux amoureux de guitare évidemment et tous les amateurs du style aussi.