George Duke – RIP

I-GDuke8x10Le génial claviériste George Duke, artiste protéiforme à la fois musicien, compositeur, chanteur et producteur est mort lundi dernier (le 5 aout) d’une leucémie. Petit retour sur sa carrière et playlist de circonstance.

George Duke est certainement l’un des seuls artistes jazz à avoir eu du succès dans la musique dite « populaire » (soul, funk ou encore pop) sans pour autant que son image « jazz » n’en patisse de trop. On pense à l’inverse à Herbie Hancock et aux vives critiques dont il fut l’objet lorsqu’il s’aventura dans les sons électronicos-disco. Ce n’est donc pas le cas de Duke, qui mena ainsi ces deux facettes de sa musique de front. Influencé par Miles Davis, Les McCann ou encore Cal Tjader, il rejoint après le lycée le San Francisco Conservatory of Music où il fut diplomé au trombone et en composition en 1967 (il apprend à jouer du piano à l’église baptiste de son quartier de Marin City). À noter que durant ses études, le pianiste sévissait dans le groupe du San Francisco’s Half Note avec Al Jarreau, groupe dans lequel sont notamment passés Sonny Rollins ou Dexter Gordon.

Il commence donc sa carrière en 67, et enregistre alors qu’il est encore étudiant The George Duke Quartet, Presented By The Jazz Workshop sur MPS (précédemment appelé Saba), label avec lequel il restera jusque dans les années ’70s. En ’69 il fait la connaissance du violoniste français Jean Luc Ponty qu’il a entendu à la radio. Il enregistrera avec lui l’un des tout premiers albums de fusion The Jean Luc Ponty Experience With The George Duke Trio, qui attirera l’attention d’un certain Frank Zappa. L’impression est telle que George Duke rejoindra les Mothers Of Invention de Zappa et restera avec eux jusqu’en ’70, pour être ensuite le pianiste de Cannonball Adderley jusqu’en ’72, puis de revenir vers Zappa de 73 à 75. Voilà une carrière qui commence bien, et où l’on distingue déjà la diversité de la musique que le pianiste est capable de s’approprier. On note aussi une apparition en sideman avec Dizzy Gilespie durant cette période.

Bien qu’extrêmement solicité comme sideman, George enregistrera 4 albums solos pour MPS (Faces in Reflection et Feel, en 1974, The Aura Will Prevail et I Love the Blues, She Heard Me Cry, en 1975), qui sont peut être parmis les plus intéressants de sa carrière sur le mélange entre jazz – rock – funk ou encore soul. Après les Mothers Of Invention, le pianiste rencontre Billy Cobham et fondent avec le batteur un quartet qui comprend ni plus ni moins que John Scofield et le bassiste Alphonso Johnson. On est clairement dans du jazz rock. Inutile de préciser qu’avec un line up de cette qualité, le groupe fera de l’ombre durant son unique année d’existence (1976) aux pointures du genre telles que le Weather Report de Joe Zawinul ou le Return To Forever de Chick Corea.

En signant en 1975 avec CBS, le pianiste prend une direction plus disco et accède ainsi à une plus grande notoriété : il est désormais reconnu comme un artiste majeur de la soul/pop. Il atteint le sommet des charts pop et troque les clubs pour les concerts dans des stades. Reach for It, Follow The Rainbow et Brazilian Love Affair sont tous trois d’énormes succès et le pianiste devient un artiste incontournable au tournant des années ’80s. Mais en parallèle de ça, dès la fin des années ’70s, Duke commence à produire des artistes de divers horizons (jazz, pop, ou même des artistes Brésiliens) tels que Raul De Souza, Dee Dee Bridgewater ou encore A Taste Of Honey et Smokey Robinson (on s’arrête là car la liste est encore longue). Son rôle de producteur ira grandissant, devenant dans les années 80 presque plus important que sa carrière de pianiste.

Il continue tout de même à jouer et pas sur n’importe quel projet, jugez plutôt. En 1979 on le retrouve aux claviers du Off The Wall de Michael Jackson, puis à la création d’un second groupe de jazz fusion, cette fois ci aux côtés de Stanley Clarke. Le Clarke-Duke Project, avec John Robinson aux drums, atteint avec leur Sweet Baby la 19ème place au classement pop et la 6ème au classement R&B. On est au début des années 80 et il sort dans la même période des albums solo : Dream On, Guardian Of The Light et Rendezvous. Puis rebelotte avec le Clark-Duke Project pour un deuxième album avant de quitter Epic pour Elektra en 1984. Il y enregistre Thief In The Night, George Duke et Night After Night.

Le début des années ’90s commence avec un troisième et dernier album avec le Clarke/Duke Project, avant de s’envoler pour Warner Bros. Il y enregistre Snapshot qui sera un immense succès grâce au hit No Rhyme, No Reason. Beaucoup trouveront que l’artiste a perdu en fantaisie, mais ses albums resteront solides quoi qu’on en dise, et il continue de surprendre ses fans avec la sortie de The Muir Woods Suite (1993) par exemple : un projet jazz enregistré live au Festival de Jazz de Montreux, avec Stanley Clarke à la basse, Chester Thompson aux drums et Paulinho Da Costa aux percus le tout accompagné d’un orchestre symphonique. Il reviendra par la suite de temps en temps au jazz, comme avec After Hours en 1998 et Face The Music en 2002.

Voici donc un aperçu très rapide de la carrière de cet immense artiste. On espère qu’il vous aura donné envie de le (re)découvrir. En attendant, on a été piocher dans ses morceaux, et bien qu’il est assez difficile de faire un choix, voici une petite playlist pour lui rendre hommage. RIP Mister Duke.

(Merci Patrice pour la suggestion)

 

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