Dave Holland était hier soir à la salle Pleyel, l’occasion de venir (re-)découvrir son dernier album, Prism, qu’il exposait en deuxième partie de concert, mais également de savourer tous les talents acoustiques de mythique bassiste électrique de Miles lors d’une première partie en duo avec le pianiste Kenny Barron. Une soirée, deux concerts, tout un univers.

Dave Holland

La première partie sera acoustique et intimiste. Séduisante. Du velours des harmonies de Spirals, titre issu du de Prism réinterprété ici tout en délicatesse, au groove bluesy de Blues for C.M. (pour Charles Mingus) issu d’un précédent album, le duo Barron/Holland est rodé, travaillé pour captiver, faire rêver. Là déjà, Dave Holland ne manifeste pas la volonté de prendre un quelconque leadership qu’il pourrait manifestement s’accaparer. Le duo fonctionne sur la base d’un dialogue permanent entre piano et contrebasse, entre thèmes, variations et improvisations. Si bien qu’on ne sait plus exactement ce qui est écrit sur la partition et ce qui ne l’est pas, le mélange se fait naturellement. Evidemment, chacun a le droit à ses moments de grâce, lorsque Holland ne fait plus qu’effleurer ses cordes ou que Barron se limite à caresser l’ivoire de son clavier, alors la prise de la parole de l’autre n’en est que plus saisissante. Une première partie en poésie et swing tranquille, côté pile.

Côté face, le jazz électrique et dynamique de Prism, que Dave Holland joue avec son quartet actuel : Craig Taborn au piano, Kevin Eubanks à la guitare et Eric Harland à la batterie. La prestation offerte développe un univers très proche de celui de l’album. Un rock-jazz plus qu’un jazz-rock, marqué par des thèmes exposés à la guitare saturée, soutenus par une batterie vive et explosive. Mais n’accompagne pas Dave Holland qui veut, la virtuosité et les talents de chacun ne peuvent être ignorés, si bien que l’intensité monte rapidement lors des prises de solos. La guitare en aura pris la majeure partie : saturation généreuse et doubles-croches rageuses. Le piano, bien plus discret dans l’ensemble aura largement mérité les salves d’applaudissements à l’issue de chacun des siens. La batterie, incisive et omniprésente, dans ses accompagnements parfois très (trop ?) binaires ou dans ses chorus libérés. Et Dave Holland dans tout ça ? S’il est vrai que le légendaire bassiste de In a Silent Way et Bitches Brew (entre autres) n’en est plus à faire ses preuves, on aura été surpris par sa discrétion au sein du quartet. Même si tout hier soir reposait sur ses épaules, ses improvisations n’auront pas été aussi démonstratives que celles de ses compères. Il aura orchestré cette deuxième partie non pas dans l’ombre, mais presque, se permettant quelques improvisations mises en lumières.

Prism, sorti en 2013, est inévitablement le moteur des concerts donnés par Holland actuellement. Bien que star parmi les stars, le bassiste n’a pas choisi de s’octroyer la place du leader au sein de son quarter. Et en optant pour ce concert à double facette, Dave Holland a su satisfaire les deux publics présents dans la salle : celui venu pour écouter un musiciens désormais incontournable dans l’histoire du jazz en première partie et celui venu pour le jazz électrique de Prism en seconde. Alors pour les gens comme nous, qui admirons le musicien et avons adoré l’album, c’était un régal !

Setlist de la première partie : Spirals – Segments – Blues for C.M. – Seascape – In Your Arms – What If ?
Setlist de la seconde : Prism.