La Salle Pleyel n’a de cesse de nous surprendre. Celle dont on connait la sagesse du public classique et le sérieux des férus de jazz sait aussi rassembler un public que la seule envie de bouger motive. Nous étions hier soir au cinquième et dernier concert du Cycle Afrique de la Salle Pleyel. Clôture en beauté.

kouysang

La première partie rassemblait le piano de Jean-Philippe Rykiel et la voix de Mory Djéli Kouyaté. Une formation minimaliste pour qui le message véhiculé prime sur la musique. Cette dernière s’impose néanmoins comme le parfait support pour porter la puissante voix du griot. On regrette de ne pas comprendre une parole de ce que chante Kouyaté mais l’atmosphère qui s’installe immédiatement nous fait tout de même deviner le poids de ses mots. Le griot, par ses déclamations chantées, nous offre un morceau de tradition africaine qui ne peut que susciter respect et émotion. Rykiel dont on connait les pérégrinations électroniques n’a pas mis cela de côté. Si son piano est le seul instrument sur scène, il ne s’est pas privé d’apporter avec lui quelques effets discrètement utilisés. Le deuxième titre sera joué avec une bande son (basse, percus…) enregistrée en studio, une solution “de facilité” qui, bien que critiquable, permet au pianiste de s’échapper dans des improvisations un peu plus complexes. Il est vrai que si la voix de Kouyaté transporte et les accompagnements de Rykiel nous caressent les oreilles, ces derniers nous sont apparus comme assez “aseptisés” et peu colorés en comparaison des quelques chorus plus “jazz” qu’il a discrètement parsemé le long du concert.

En somme un duo d’une complicité remarquable qui prend plaisir à jouer et partager cette musique traditionnelle africaine qui trouve son sens dans la fond plus que dans la forme.

Changement de plateau. Oumou Sangaré prend la suite. C’est vraisemblablement pour elle que le public s’est rassemblé ce soir. Le Mali dont elle est originaire semble largement représenté dans la salle. Sa formation est très actuelle : guitare, basse, batterie, etc. et intègre quelques éléments traditionnels : djembé et autres percussions africaines. Nous avons la surprise de découvrir Cheick Tidiane Seck à l’orgue, non mentionné au programme. La musique d’Oumou Sangaré, bien qu’ancrée dans la tradition malienne, se fait l’écho d’une afrique beaucoup plus actuelle que la première partie de soirée. Irrésistible, le “groove” s’empare de la salle aussitôt les premières notes jouées. La musique est ultra efficace et pleine de joie. La chanteuse malienne s’est mis le public dans la poche en quelques notes ! Ce n’est pas tout, on sait Oumou Sangaré engagée pour la cause des femmes, et c’est elle qui pointe le bout de son nez entre les titres, non sans humour. Elle dédie un morceau à toutes les femmes présentes dans la salle car “vous les hommes, on vous aime tant… mais vous êtes si fatigants !”. Sa joie d’être sur scène est communicative. Tout le monde veut partager ce moment avec elle, si bien qu’une trentaine de femmes parmi le public s’invite sur scène pendant la musique pour danser avec Oumou et ses musiciens. Une simplicité que l’on ne trouve pas dans la musique occidentale. C’est certainement ce en quoi diffère la musique d’Oumou Sangaré, elle n’est pas sur scène et nous dans le public. Nous sommes tous dans la même salle, ensemble autour de la musique. C’est dans cet esprit que la dernière chanson fait office de présentation de la formation. Chacun prend ses grilles d’improvisation sous les applaudissements d’un public conquis.

Une très belle soirée qui clôture Cycle Afrique. Deux facettes de la musiques africaine abordées, à la fois opposées et intimement liées. La Salle Pleyel fait preuve d’une ouverture qui lui permet de rencontrer un public plus festif et populaire que la majeure partie de sa programmation. Nous aussi avons été conquis !

Pour que vous ayez une idée de l’ambiance de cette belle soirée, on vous met le dernier album d’Oumou Sangaré : Seya.