Impusle!
Sortie le 13 novembre 2015


Stanley Clarke – contrebasse
Biréli Lagrène – guitare
Jean-Luc Ponty – violon

Une merveilleuse association que nous propose le label Impulse! en cette fin d’année 2015. Surprenante de prime abord, la composition même de ce trio de virtuoses apparait tout à fait cohérente. Clarke et Ponty parmi les pionniers du style fusion s’illustrent depuis plus de 40 ans dans l’art de briser les codes, le premier au sein de Return to Forever, le second dans le Mahavishnu Orchestra, et connaissent déjà les subtilités du trio guitare/basse/violon (avec Al DiMeola). Et puis Lagrène, maître du manouche, connait parfaitement les formations de cordes qui veulent swinger. Finalement, prenez le quintette du Hot club de France, privez le de deux guitares rythmiques, vous avez la formation de D-Stringz ! Rien d’extraordinaire ? Et pourtant…

Si Stanley Clarke et Jean-Luc Ponty avait déjà collaboré à plusieurs reprises, ce n’est pas le cas de Biréli Lagrène qui jouait pour la première fois avec l’un comme avec l’autre lors d’un concert anniversaire du violoniste en 2012 (50 ans de carrière). La formation a emballé la foule en quelques morceaux, l’idée d’un album en trio est devenue évidente. Les musiciens se sont retrouvés à l’été 2014 lors d’un festival. Dans la foulée, D-Stringz était dans la boîte des studios ICP de Bruxelles.

Si pas de compositions originales pour ce premier opus commun, la sélection des morceaux n’a rien d’anodine. On y retrouve standards du jazz et compositions de chacun des trois musiciens, pêle-mêle et sans justification d’ordre apparente, pour illustrer l’égale balance de chacun. Evident, un supergroupe flanqué d’un leader, étrange non ? Du swing cher à Biréli Lagrène avec Nuages de Django au jazz pur et dur avec Blue train de Coltrane, en passant par Mercy, Mercy, Mercy standard soul-jazz mais composé par Joe Zawinul, chef de file du mouvement jazz-rock/fusion bien connu de Clarke et Ponty, la pluralité des influences est clairement affichée. Quant aux compositions, on retrouve To and Fro et Childhood Memories de Ponty, Bit Of Burd et Paradigm Shift de Clarke et Strech de Lagrène.

Et dans le jeu, les trois virtuoses font preuve d’un interplay des plus exemplaires. Une écoute vaut mieux qu’un long discours mais citons pour preuve, au hasard car toutes les pistes se valent sur ce point, l’excellent Childhood Memories (pour la première fois enregistré depuis sa compositions il y a plusieurs années). Il s’ouvre sur introduction d’une douceur quasi mystique au violon joué pizzicato et contrebasse à l’archet. La guitare y trouve sa place en complétant ce superbe voicing par quelques arpégés, joués plus tard en accords. La voilà maintenant au premier plan pour un chorus. La parole glisse ensuite vers Clarke qui joue son solo aux doigts avant de laisser Ponty, à l’archet cette fois, s’exprimer. La subtilité des enchainements donne au morceau une assise irréprochable, et une cohérence envoutante.

Bref, les morceaux sont intelligemment interprétés, pleins de jeux avec les nuances, les timbres, les possibilités des instruments… Ce premier album est véritablement passionnant. Il explicite et scelle les fondements de l’association de ces trois virtuoses. Des influences plurielles, des références individuelles à partager, des sonorités inédites résultant à la fois de la maitrise de son instrument par chacun et d’un échange musical poussé. Malgré la certitude de ne pas se lasser de cet opus avant un bon moment, on attend avec impatience le prochain !