scott2Alors que nous rentrions dans la salle du New Morning vendredi soir dernier, nous savions que nous allions y voir l’un des trompettistes les plus talentueux de sa génération, mais nous étions loin d’imaginer que cela allait être aussi puissant. Avec les pieds bien ancrés dans les divers courants du jazz tels que le bebop, la fusion ou le jazz rock, et la tête vers le jazz le plus contemporain, Christian Scott est un trompettiste vraiment unique. Retour sur une soirée riche en émotions et en révélations.

Dès l’apparition de sa trompette recourbée à la Dizzy Gillespie, de son collier africain et de sa chemise en jean, Christian Scott semble annoncer la couleur : s’il est assurément l’un des fers de lance de la nouvelle garde du jazz américain, il n’en oublie pas non plus l’histoire de cette musique et ses racines ghanéennes. Le natif de la Nouvelle Orléans, neveu du saxophoniste Donald Harrison et diplômé de la Berklee School of Music, a tout du jeune prodige. Mais c’est pourtant en toute décontraction que le quartet s’installe sur scène. Quelques notes pour s’accorder plus tard, le quartet lance les premières hostilités et réveille du même coup toute la salle surement pas prête à tant d’énergie dès le début de ce premier set. Les solos pleuvent déjà et sont l’occasion de vérifier que nous avons affaire ici non seulement à un prodige de la trompète mais également à trois excellents musiciens qui l’accompagnent. Car que se soit la partie rythmique du jeune Corey Fonville à la batterie (dont vous pouvez trouver le premier album en téléchargement gratuit par ici), Kris Funn à la contrebasse, ou Matthew Stevens compère mélodique de mister Scott à la guitare : tous emmènent nos oreilles vers des rivages musicaux encore inexplorés. Impressionnant! Plus que de jazz, Christian Scott préfère d’ailleurs parler de “stretch music” : parfois bebop, parfois modal, parfois fusion ou encore rock, c’est un jazz qui aime aussi s’aventurer vers le hip hop et la soul. Un jazz complet, curieux et surtout à la forme originale et débordant d’énergie. Bref un jazz à vif, où la complémentarité des musiciens est de mise. En guise d’illustration à ses principes, le trompettiste jouera dans ce premier set aussi bien des compositions issues de son dernier album Christian aTunde Adjuah, qu’une reprise d’Eye of The Hurricane d’Herbie Hancock ou invitera sa femme Isadora Mendez pour chanter sur un magnifique Georgia. On appréciera également une composition de Matthew Stevens (guitare) After All qui se trouvait sur l’album Yesterday You Said Tomorrow sorti en 2010.

scott1En plus de ses prouesses musicales, le quartet semble plus que complice. Et Christian Scott n’hésite pas à ce propos à prendre le micro pour nous distiller quelques anecdotes savoureuses à son propos. On aura ainsi droit à l’histoire de chaque membre du groupe, que se soit le refus de Kris Funn à rejoindre le band par plaisanterie, ou les canulars téléphoniques de son jeune batteur Corey Fonville qui se faisait passer pour la grand mère de Christian Scott. Toutes ces petites histoires émaillent un premier set magistral, et ne font que rapprocher le public de cet excellent quartet avant une petite pause où le trompettiste prendra le temps de dédicacer quelques albums.

Le temps pour nous de se boire une petite bière pour reprendre nos esprits, le deuxième set débutait. Repartant sur des bases toujours aussi bonnes, on retrouve un quartet moderne qui expose très vite les thèmes pour se laisser des plages de soli de plus en plus importantes. La guitare de Matthew Stevens aura nous semble-t-il un peu plus d’espace d’expression avec notamment une nouvelle composition West Of The West (nous ne sommes pas tout à fait sûr du titre) très rock dans l’esprit, où on ne peut que penser à John Scofield et Pat Metheny. Christian Scott, décidément très à l’aise, continuera à nous raconter quelques histoires et notamment celle moins drôle de son arrestation par un policier raciste qui lui inspira le magnifique K.K.P.D. (Ku Klux Police Department). Le temps passe décidément trop vite et l’heure du rappel sonne déjà. Et en guise de note finale à un concert d’anthologie, le trompettiste invite la salle à le rejoindre sur scène pour interpréter un chant de guerre des indiens noires d’amériques.

À la sortie de la salle, on prend l’air et l’on se remet des émotions d’une très belle soirée de jazz. Christian Scott, entre virtuose et malice nous a régalé avec un quartet magique et nous a confirmé, s’il en était encore nécessaire, qu’il est bel et bien l’un des trompettistes les plus prometteurs du jazz américain. Il nous tarde désormais de l’entendre sur un nouvel album! Et afin de vous donner une idée plus précise de cette belle soirée, on vous passe en streaming son dernier album. Régalez-vous!

Crédit photo : Patrice Cordier 

Christian Scott – Christian ATunde Adjuah by Le Digitalophone on Grooveshark