Christian Scott aTunde Adjuah, le jazz au futur.

Le trompettiste de la Nouvelle Orléans revient avec une trilogie d’albums qui, en plus de célébrer les 100 ans du premier enregistrement de jazz, projettent cette musique dans le futur.

Après Ruler Rebel fin mars, puis diaspora en juin, c’est The Emancipation Procrastination tout juste sorti qui clôt la très belle trilogie de Christian Scott. Baptisée Centennial Trilogy en référence au premier enregistrement de jazz gravé en 1917 (par the Original Dixieland Jass Band, un quintet de musiciens blancs se moquant du jazz noir…), ces trois albums font bien plus que de caresser la musique des maîtres dans le sens du poil.

Souffleur de génie, Christian Scott tente d’amener le jazz plus loin depuis Stretch Music, album manifeste qui posait les bases d’un nouveau style musical global portant le même nom. Avec The Centennial Trilogy, le trompettiste assoit définitivement sa vision du jazz : une musique hybride et ouverte, capable d’embrasser le hip hop, la soul, le funk ou la pop. Stretch music, ou musique élastique, comme nouveau jazz fusion ?

« Jazz is the original fusion music » Christian Scott aTunde Adjuah.

Sortir trois albums en une année peut être qualifié d’exploit. Mais l’ambition du trompettiste est grande, bien aidé il est vrai d’un groupe solide (Elena Pinderhughes à la flûte, Braxton Cook à l’alto sax, Lawrence Fields au piano, ou encore Corey Fonville à la batterie). La recette de cette stretch music se fait plus précise à mesure que nous découvrons ces trois albums. Un souffle soul-jazz pour la mélodie et une rythmique empruntant parfois à la trap music, parfois au hip hop, et qui lie l’ensemble. Résumer ainsi le style du trompettiste est caricatural, tant les textures et les saveurs de sa musique sont délicates et évoluent au gré des morceaux, mais donne une idée de la structure de ce style hybride.

Il n’est pas facile de décrire 3 albums, tant le jazz du trompettiste s’appréhende de manière global avec cette trilogie. Mais quelques morceaux nous ont tout particulièrement tapés dans l’oreille. À commencer par New Orleanian Love Song sur Ruber Rebel, magnifique composition dans laquelle les notes mélancoliques de Christian Scott se mélangent à une rythmique plus sauvage, faite de samples de percussions africaines. Dans Phases, on sent bien les influences de la trap music qui accompagnent le chant de Sarah Elizabeth Charles. Plus électro, on aime également beaucoup Idk sur Diaspora, morceau dans lequel le groupe nous distille quelques solos bien sentis. Et pour ceux qui aiment ça, les solos, il en est davantage question dans The Emancipation Procrastination. Mais s’il ne fallait retenir qu’un morceau, ce serait sans doute New Heroes. Le morceau de clôture du dernier album est d’une vrai richesse de texture, avec une dernière ligne mélodique de Christian Scott à faire pleurer.

En trois albums, Christian Scott aTunde Adjuah fait du jazz une musique centrale, capable de se réinventer et d’évoluer. Une musique libérée et riche qui démontre tout le talent d’un trompettiste devenu l’incontournable d’une nouvelle scène jazz bouillonnante. Cette stretch music que le souffleur et sa bande mettent en place est puissante et intense et prouve surtout que le jazz reste une musique d’avenir! En plus de bousculer les codes, Christian Scott en invente de nouveaux. Ruler Rebel, Diaspora et The Emancipation Procrastination sont les nouvelles pierres angulaires du jazz à venir.

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