classique

Nous sommes en 1958. Le premier grand quintet de Miles Davis, à qui on doit quelques albums de légende comme The New Miles Davis Quintet ou ‘Round About Midnight commence à entrevoir les horizons du jazz modal. La formation, “all-star-band” avant l’heure, devient sextet et donne le jour au mythique Milestone, pour lequel Davis recherchait un alto “enraciné dans le blues”, qu’il trouve dans les mains Cannonball Adderley.

Cannonball Adderley, sur le devant de la scène depuis 1955 (soit peu de temps), est considéré comme le nouveau Charlie Parker et enregistre sous son propre nom depuis. Sa participation au sextet de Miles Davis ne l’empêche pas de continuer dans ce sens. En 1958, le temps de l’enregistrement de l’album Somehtin’ Else, le trompettiste devient le sideman de Cannonball. Rien que cela suffit à faire de cet album une pièce exceptionnelle : il s’agit d’un des rares enregistrements de Miles Davis à ce poste et marque leur toute première apparition commune sur un disque.

Bien qu’il s’agisse d’un album crédité à Cannonball Adderley, la frontline n’est pas aussi segmentarisée entre leader et sideman qu’elle y parait tant Miles Davis occupe une place importante. L’association de ces deux montres du jazz aux langages musicaux différents laisse transparaitre un respect mutuel qui ne trouve d’équivalent que dans leurs talents respectifs. La superbe interprétation du standard Autumn Leaves en est la preuve. La main est laissée à Miles Davis pour l’exposition du thème qu’il joue avec et profondeur, faisant sonner les silences aussi intensément que ses notes. Cannonball, lui, se réserve le premier chorus de l’enregistrement, qu’il teinte de son jeu plus ornemental et explosif.

Si le dialogue entre les deux hommes constitue le nerf central du disque, il n’en est pas moins que la section rythmique n’a pas à rougir de sa composition : Art Blakey, fondateur des Jazz Messengers accompagne la formation de son jeu de batterie avec justesse. Hank Jones au piano se voit accordés quelques chorus qu’il ne prend pas reculons et Sam Jones à la contrebasse illustre la solidité du trio rythmique par ses walkin bass inébranlables.

Un disque à écouter et ré-écouter sans modération…