Camille Yarbrough – The Iron Pot Cooker (1975)

Camille Yarbrough - The Iron Pot CookerDans trente, cinquante ou cent ans, la postérité retiendra sans doute Camille Yarbrough comme une musicienne ou une « chanteuse », elle qui n’a sorti que 2 albums, ce fameux « pot de fer cuiseur » en 1975 où elle ne chante quasiment pas, et « Ancestor House », un album live auto-produit paru en 2004, près de 30 ans plus tard. Pourtant elle fut avant tout une activiste, féministe et black, poétesse, actrice, et même productrice de télévision et écrivain de livres pour enfants.

Le chef d’oeuvre qui nous occupe aujourd’hui est la mise en musique, la mise en scène même d’un one woman show qu’elle joue quatre ans plus tôt un peu partout aux Etats-Unis : « Tales and Tunes of an African American Griot ». Camille Yarbrough est en effet un griot, ces conteurs, porteurs de sagesse, qui transmettent oralement histoire et traditions, troubadours parfois sérieux de l’ouest africain. Ce que Camille Yarbrough le griot raconte, ce sont des histoires de rue, de ghetto, des chansons, ou plutôt des textes emplis de conscience sociale, loin des rêves d’union blancs/noirs ne faisant que prolonger le status quo. Ses textes parlent de la réalité de tous les jours et appellent à l’action, au changement, ses histoires interpellent et font grandir.

De grands textes et une grande personnalité ne font néanmoins pas toujours un grand disque. Grâce au cinéaste (le documentaire the Cry of Jazz), producteur et arrangeur Ed Bland, dont la mise en musique minimaliste tendant vers le free jazz est sublime, mais aussi à la manière inégalée qu’a Camille Yarbrough de raconter des histoires, l’album qui paraît sur le label Vanguard en 1975 est bien un petit chef d’oeuvre. Quasiment entièrement parlé/rappé dans le style « spoken word », à la manière des Last poets ou de Gil Scott Heron, l’album laisse entrevoir la voix superbe et imprégnée de son auteur, qui la laisse s’envoler par petites touches, notamment sur « Take Yo’ Praise », de loin le morceau le plus célèbre de l’album, grâce à son utilisation par Fatboy Slim sur le tube « Praise You ».

L’album s’ouvre avec « But It Comes Out Mad », une pure merveille qui distille sur une basse minimaliste entêtante, bientôt accompagnée des envolées d’une guitare électrique, une vérité intemporelle sur la relation homme/femme et les épreuves que rencontrent les afro-américains. Le départ donne le ton : Chaque morceau de l’album va mériter d’être écouté en boucle.
Suit la poésie épique et oppressante de « Dream – Panic – Sonny Boy the Rip-Off Man – Little Sally the Super Sex Star (Taking Care of Business) », sans doute l’un des titres de morceau les plus longs de l’histoire de la musique, dont vous n’aurez que la partie « Little Sally the Super Sex Star » dans la playlist. Cette trilogie du ghetto nous fait entrer dans la conscience de 3 personnages de la rue, qui survivent sur le dos des autres, mais pas de glorification de type Gangsta Rap ici, juste une capacité aigüe à raconter des histoires pour faire réfléchir.

La Face B n’est pas en reste, avec « Take Yo’ Praise », mais aussi « Ain’t it a Lonely Feeling », une ballade plus douce entièrement chantée, « Can I get a Witness » et son instrumentation délicieusement funky, et pour finir « All Hid », un morceau d’activisme politique entêtant à l’urgence et à l’énergie explosive.

Vanguard a réédité ce petit chef d’oeuvre 2 fois en CD, en 1999 puis en 2005, mais il reste néanmoins assez compliqué à trouver, même en CD. En vinyle, il coûte une petite fortune, et vous serez chanceux de le décrocher à moins de 150 Euros. Difficile néanmoins de réaliser un meilleur investissement car une fois chez vous, il ne devrait plus quitter votre platine…

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