bookerQuand l’un des organistes qui nous a fait découvrir la soul et Stax lors de notre adolescence ressort un album, on est à la fois excité et anxieux. Car Booker T Jones, c’est l’un des musiciens qui a laissé définitivement sa marque dans l’âge d’or de la soul. Il vous suffit de vous remémorer Booker T. & the MG’s, le backing group de l’écurie Stax dans les années ’60s et qui a accompagné des légendes telles qu’Otis Redding, Eddie Floyd ou encore William Bell avant de signer leurs propres albums (aaaaah Green Onions!). Booker T. quitta Stax dans les années ’70s, et navigua de label en label, prouvant s’il était encore nécessaire qu’il était l’un des plus grands organistes de sa génération (Jimmy Smith ne nous en voudra pas).

Voici donc en ces premiers jours de juillet Sound The Alarm, le dixième album de Jones après sa rupture avec Stax. C’est également l’album qui marque leur réconciliation : l’album est paru sur Stax (désormais détenu par Concord Records) le 25 juin dernier. On est donc dans un état quasi second lorsque l’on glisse la galette dans notre platine. Et là, aux premières minutes d’écoute, on est un peu déboussolé. Sound The Alarm, titre éponyme qui ouvre l’album, est en featuring avec Mayer Hawthorne. Attention, le titre n’est pas mauvais, il est même plutôt bon, mais on ne s’attendait pas à ce principe de featuring sur presque toutes les tracks, exceptée sur 3 d’entre elles. Remis de notre surprise on tend l’oreille, et l’on se rend compte que la patte Booker T. est toujours là, à la manière de ce qu’il pouvait faire avec les MG’s sur Stax : une sonorité incomparable. Mais c’est du Booker T. résolument contemporain. Reste l’orgue mais les productions sont bien modernes. Le résultat est intéressant et surprenant. À noter que les compos ont toutes été écrites ou co-écrites par Jones, en dépit de ces featurings.

Tous ceux qui s’attendaient à avoir l’orgue Hammond B-3 en vedette dans une soul instrumentale vont donc être déçus. Ces invités apportent leurs univers : on trouve ainsi quelques balades R&B comme le titre Broken Heart avec Jay James ou encore Your Love Is No Love avec les Vintage Trouble avec la voix de Ty Taylor. On trouve également des morceaux instrumentaux, où le jeu incroyable de Booker T. repasse sur le devant de la scène. On aime ainsi beaucoup le mélange de funk et de blues de Austin City Blues avec Gary Clark Jr. ou le côté latin de 66 Impala avec Poncho Sanchez et Sheila E. C’est sans parler de la track Feel Good, exempt de featuring, où l’on retrouve le son de Jones, intacte et toujours aussi efficace. Mention également pour le titre qui clôture l’album : Father Son Blues, en duo avec son fils Ted à la guitare.

Après trois quart d’heure d’écoute, on éprouve tout de même un peu de regret lorsque l’on se rend compte que les tracks que l’on préfère sont celles où l’orgue de Booker T. trône en maître. Le parti pris de se tourner vers des featurings et un son plus contemporain est louable, mais quand on s’appelle Booker T. est-il nécessaire de se soucier de faire “actuel”? L’album reste plus que bon, mais on aurait peut être aimé avoir plus de soul et de funk dans le pur style Jones. On vous laisse en juger par vous même.