barbara lewisBarbara Lewis est sans aucun doute l’une des grandes chanteuses oubliées des années 60. Sa carrière ne dura que 8 ans, mais elle eut quand même le temps de sortir 5 albums, les 4 premiers sur Atlantic dans un style Pop-Soul propre à l’époque, et un dernier, celui qui nous intéresse ici, un petit bijou pur soul sorti sur Stax au tout début de l’année 1970.

Originaire du Michigan, sa carrière démarre très jeune lorsqu’elle rencontre le DJ de plusieurs radios locales, Ollie McLaughlin. Celui-ci, qui lance également Del Shannon en 1961, devient son producteur et Lewis sort son premier 45 tours, “My Heart Went Do Dat Da”, à 19 ans. Le titre ne rentre pas dans les charts nationaux mais devient un tube dans le Michigan. Le grand succès n’est pas loin.

C’est en effet avec son tout premier album, “Hello Stranger”, que Barbara Lewis rencontrera le plus grand succès de sa carrière. Elle écrit tous les textes de l’album, dont ceux du single éponyme “Hello Stranger”. Porté par sa voix douce et suave, un beat bossa nova et une mélodie à l’orgue Hammond, le titre atteint la 3e place des ventes de 45 tours aux Etats-Unis, et restera pour toujours le plus grand tube de son interprète, qui connait donc son apogée à 20 ans.

La suite ce sont 3 nouveaux albums et d’autres succès modérés chez Atlantic, qu’elle quitte en 1968 pour rejoindre l’écurie de l’un des 2 plus grands labels soul des années 60, Stax.

“The many grooves of Barbara Lewis” n’a que peu de choses à voir avec ses précédentes productions, bien que l’album soit toujours produit par son mentor Ollie McLaughlin. Plus brut, moins pop, plus centré sur les cuivres, cet album méconnu contient quelques pépites, plusieurs excellentes reprises, dont une petite merveille.

L’album s’ouvre avec “Baby That’s a No No”, un morceau qui a tout du single et qui aurait sans doute pu prétendre à une jolie place dans les charts si Lewis avait été autre chose qu’une arrière-pensée pour les radios en 1970. Le titre annonce en tout cas la couleur, et précède l’un de mes morceaux préférés, et à on sens le meilleur morceau de l’album, la reprise de “Windmills of Your Mind”. Le morceau, composé par l’immense Michel Legrand pour la Bande Orginale de l’affaire Thomas Crown, est d’abord interprété en petite ballade pop par Noel Harrison. Le classique donnera ensuite lieu à des dizaines d’autres interprétations, dont celle de Dusty Springfield la même année, mais cette version de Barbara Lewis reste la plus parfaite à mon sens. Sa voix sensuelle et grave fait merveille, la production léchée de McLaughlin est superbe, et le tout donne un moment de pure grâce. DJ Premier samplera d’ailleurs la première seconde du morceau pour le morceau “The Militia” sur l’album de Gang Starr “Moment of Truth”.

“Slip Away” est une jolie ballade, mais c’est surtout “Break Away” qui est l’autre excellent titre de la face A, l’urgence dans la voix et le rythme font de ce morceau une véritable cocotte-minute. la face A se cloture avec une jolie reprise de Smokey Robinson, “Oh Be My Love”, néanmoins un peu fade après l’euphorie précédente.

Enterprise, le sous-label de Stax choisira deux titres de la face B pour le seul 45 tours issu de l’album. “Just the Way You are Today” est un choix étrange, une jolie chanson portée par une jolie voix, mais qui manque de pas mal d’ingrédients pour en faire un tube, au contraire de certains autres morceaux de l’album. “You Made me a Woman” est une ballade joyeuse et sucrée, elle accompagne le morceau précédent en face B du 45 tours.

“Anyway”, “Do I deserve it Baby”, “But You Know I love you” et “The Stars” ont tous un son plutôt 60’s, il y a du bon et du un peu moins bon, mais l’ensemble nous donne quand même un excellent album, et qui vaut le détour pour la seule merveille qu’est “The Windmills of Your Mind”.

Ses 2 premiers tubes, qui ne sonnent en rien comme cet album, et “The Militia” de Gang Starr sont en fin de playlist. Bonne écoute!