Une des particularités du jazz d’aujourd’hui consiste en sa capacité de pouvoir réunir une large partie d’auditeurs d’horizons divers sous une même terminologie. « There’s no Jazz anymore », le mot devient en effet – comme le prédisait Miles dans les années 80 – de plus en plus dilué dans cet océan de genres entremêlés. Paradoxalement le travail d’innovation du répertoire continue, travail que l’on tente de présenter au Digitalophone sous ses facettes les plus multiples.

 

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Artisan depuis maintenant une quinzaine d’année à la tâche, Avishai Cohen oeuvre pour une musique américaine et perfectionnée. Son huitième album Into the Silence (le premier sur le label ECM) vient de sortir le 19 février dernier, une musique magnifique quelque part entre le jazz New-yorkais de son précedent album Dark Night, et du classique aux allures impressionnistes. On pense aux influences de Rachmaninov revendiquées par le trompettiste, mais également à Samuel Barber. Malgré leurs caractères parfois austères (l’album a été composé juste après le décès de son père), il se dégage quelque chose de lumineux de ces 5 compositions qui constituent l’album. C’est que le trompettiste a plus d’un atout pour nous convaincre. Déjà par le choix de son quintet (vieilles connaissances pour certains), celui-ci étant composé du pianiste Yonathan Avishai, du contrebassiste Eric Revis, du saxophoniste ténor Bill McHenry et le batteur Nasheet Waits. Des musiciens non seulement à l’écoute, mais qui se substituent souvent au rôle de leader (piano et batterie notamment).

 

 

L’autre grande force du trompettiste c’est son lyrisme, qu’il estime avoir acquis à l’écoute de ses maîtres :” J’ai appris en écoutant les plus grands : Louis Armstrong, Miles Davis, John Coltrane, Sonny Rollins, Thelonious Monk. C’est leur « langue » que j’ai voulu apprendre à parler “.
La question du lyrisme est également reliée à son pays d’origine (Israël) et à la culture qu’il a pu appréhender durant son enfance : Je ne joue pas de traditionnel Israélien, j’ai quitté ce pays à 18 ans. Mais le discours ainsi que le contexte de cette musique sont définitivement ancrés en moi”.

 

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Il est bien sûr encore temps d’écouter Dark Night, son dernier album en trio, pêchu et bop. Profitez également de cette petite pépite qui vient de sortir, où chaque note est pesée avec cet immense respect des respirations et du calme – pour ne pas dire du « silence ».