Une vie consacrée à la musique et à la spiritualité… la personnalité d’Alice Coltrane peut paraître mystique aux yeux des amateurs de jazz. Cette pianiste, harpiste, compositrice n’en demeure pas moins une des figures féminines incontournables dans l’histoire du jazz instrumental. Petit retour sur sa carrière, ses moments et titres clés – tous aussi gracieux que trance-portés!

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//  ALICE McLEOD  //

Alice McLeod naît en 1937 à Detroit. Bien qu’ayant reçue une formation de piano classique, Alice va être initiée très tôt au gospel puis au jazz. Elle grandit dans cette ville du Michigan bouillonnante musicalement, et indissociable notamment du blues de John Lee Hooker et du jazz moderne de Yusef Lateef, pour ne citer qu’eux.

Imprégnée par cette culture Alice part à 25 ans à Paris (1960), où elle se perfectionnera à la jazz thing et notamment au be bop avec Bud Powell. Elle aura l’opportunité de participer à la scène du Paris Blue Note Jazz Club en tant que pianiste sidewoman à ce moment là.

De retour aux Etats Unis, elle enregistrera son premier album auprès du vibraphoniste Terry Gibbs : Jewish Melodies in jazz time (1963).

Accompagnatrice très à l’aise dans cette mélodie Vuloch (qui est finalement un blues mineur en trois temps), son solo caractérise déjà le style de la jeune pianiste… Adieu le débit caractéristique du bebop; frasques, répétitions, fascination pour la parole modale sont déjà le langage de la musicienne.

//  GIANTS MARRIED  //

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1965, Alice McLeod épouse John Coltrane. Alice Coltrane intègre le groupe et restera la pianiste du saxophoniste jusqu’à son décès deux ans plus tard. Les albums qui suivent cette étape de leur vie sont marqués à la fois par un continuum des recherches réalisées par John Coltrane (la « new thing » ou ce qui s’appelle plus communément désormais free jazz) mais aussi par l’évolution spirituelle du couple vers des philosophies orientales. Illustration sonore avec ce magnifique Peace on Earth.

La version de ce titre apparaît dans sa version originale, à savoir sans les cordes qu’Alice Coltrane avait arrangées et ajoutées lors d’une sortie posthume, dans les années 70 (à la mort de John Coltrane, c’est elle qui reçoit le legs des droits musicaux de son mari).

//  JOURNEY IN SATCHIDANANDA  //

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Titre éponyme du 4e album solo d’Alice Coltrane, Journey in Satchidananda (1970) est caractérisé par l’emploi de sonorités et d’instrumentistes rencontrés lors des premiers voyages en Inde : tambura, oud, percussions. Le morceau, lent, se déploie majestueusement à l’auditeur avec une Alice Coltrane désormais exclusivement derrière sa harpe, frénétique par moments. Elle confirme au passage avec l’autre grande harpiste contemporaine Dorothy Ashby, que l’instrument est compatible avec un certain jazz.

Ce titre est très écouté actuellement grâce à l’excellente reprise par Matthew Halsall, jeune trompettiste de la scène anglaise que le Digitalophone vous conseille vivement !

//  TURIYA IN WONDERLAND  //

Opaque, la discographie d’Alice Coltrane l’est à partir de 1977 et ce pendant 26 ans. Retirée dans le centre Vedanta qu’elle a créé pour ses activités spirituelles en Californie, celle qui se fera appeler par la suite Turiya ne fera que deux apparitions publiques durant cette période (une tournée en 1987 et un concert en 1998). Si l’on s’éloigne à grands pas du jazz, il est tout de même à noter que plusieurs albums sont composés et enregistrés pendant ces années. Ceux-ci consistent principalement en des offrandes religieuses, qu’elle harmonise avec d’autres confrères de son centre.

Toute évocation du raga indien que possède ce titre Yamuna Tira Vihari, la compositrice ne saurait renier également ce qu’elle a toujours aimé, ce qui l’a toujours inspiré : le calme, le modal, Stravinski, le gospel.

//  TRANSLINEAR LIGHT  //

Alice Coltrane revient avec un album en 2004. Bien entourée. Son fils Ravi Coltrane est le saxophoniste, percussioniste, producteur et également moteur du projet. Les musiciens participants ne sont autres que Charlie Haden, James Genus, Jeff Watts, Jack DeJohnette, et son second fils Oran (saxophoniste lui aussi).
Avec le piano, Alice Coltrane pratique un instrument qu’elle affectionne particulièrement : le très synthétique orgue Wurlitzer. Pourtant l’usage singulier et ornementé qu’elle en fait participe à la magie de l’album et amène au voyage.
Ici au piano, la seconde pièce de l’opus qui s’intitule Walk with me.

Un bel album qui ressemble à son œuvre, paisible et intense.

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